Cinéma vérité

BANDE DE FILLES de Céline Sciamma

NOTE 2,5/5

Après « Naissance des Pieuvres » puis « Tomboy », Céline Sciamma nous a habitué à un cinéma documentaire, dans lequel sa caméra capte la quête identitaire de ses personnages. Elle explore les tourments de l’adolescence, entre le passage à la puberté et la découverte de la sexualité.

Avec « Tomboy » par exemple, la réalisatrice s’attaquait à un sujet controversé, si confidentiel, qu’est la question de la sexualité à travers le genre, qui plus est à travers le personnage d’une pré-pubère de 10 ans. Un film visionnaire sur le débat actuel de la « théorie du genre », qui osait lever un tabou.

« Bande de filles » est moins subversif que ces deux précédents long-métrages. Dans ce dernier opus, la réalisatrice aborde un sujet usé, vu et revu – dans « L’Esquive » d’Abdellatif Kechiche, « Entre Les Murs » de Laurent Cantet palmé à Cannes, … – mais n’essaie pas d’aller au-delà des clichés. Elle reprend d’ailleurs la même mécanique, à savoir des acteurs amateurs, recrutés en casting sauvage, dont elle fait les emblèmes d’une génération.

Là où elle a raison, c’est que le jeu de ces jeunes actrices donne une impression de vérité. Leur vulnérabilité en tant que femme, leur force en tant que bande, les liens qu’elles se construisent entre-elles et cet amour qui les uni envers et contre tous. Ces filles connaissent et maîtrisent les codes de la rue, dans leur langage, leur attitude, leur sincérité.

Je regrette que « Bande de filles » n’aille pas plus loin dans sa vision étriquée des jeunes femmes noires des banlieues d’aujourd’hui, et dans leur combat pour s’imposer dans une micro-société ultra machiste. Car le vrai sujet est là : comment la femme noire d’aujourd’hui peut-elle s’émanciper face à la figure masculine ?

marieme

L’histoire dérive dans de trop nombreux clichés, de la difficulté dans les études à la drogue. Le portrait dressé est d’ailleurs plutôt fataliste pour ces jeunes femmes à l’on donne le choix, mais toujours les mauvais. La solution pour s’en sortir est-elle absolument de fuir ? Être noire en France signifie-t-il passer à côté de ses études ? Quelle liberté d’expression pour elles ?

Heureusement, Céline Sciamma sauve son long-métrage par la qualité des images qu’elle propose. Les plans sont pudiques, esthétiques. Lorsque Marieme, l’héroïne, vit sa première fois avec un garçon, la scène se veut douce, tendre ; nie la violence qui va suivre et cette réputation de « sale pute ». Ici, l’amour n’a pas sa place. Une femme n’a pas le droit de succomber au plaisir sans se confronter aux traditions, toujours très ancrées. Le garçon est pourtant dévoué, prêt à la libérer de ses chaînes, mais ne lui en propose que de nouvelles en retour, à travers le mariage. Marieme rejette cette conception de la vie, où la femme est remise à une condition régressive et anti-moderne.

C’est donc pour avoir aimé que Marieme va devoir fuir, puis survivre dans une situation qui semble sans issue.

L’image de la femme forte

L’union fait la force. C’est l’influence qu’elles ont les unes sur les autres qui les encourage à ne plus avoir peur. Entre-elles, elles s’inventent des masques qui cachent qui elles sont vraiment, et se parent de boucliers pour résister à la violence omniprésente qui les entoure. Elles se donnent des surnoms comme des cris de guerrières. Lady, comme une affirmation de la féminité, Vic, comme « victoire ». Elles se battent en permanence contre une oppression, parfois invisible. Elles sentent le danger partout, se forgent ainsi une carapace difficile à percer. Elles jouent les femmes dures, vulgaires, pour mieux souligner leur fragilité à l’intérieur ; car dans leur monde, l’égalité homme-femme n’existe pas. D’un côté, elles ont, comme toutes les filles, envie de plaire, d’être jolies. D’un autre côté, cette coquetterie s’oppose à la peur constante d’être jugée, dévisagée, à l’image que leur renvoie les garçons d’elles-mêmes.

Leur rêve ? « être normales ». Marieme ne veut pas faire de CAP, elle veut aller en seconde. Elle nourrit des espoirs, elle sent qu’à seulement 16 ans, sa vie est prise au piège de ses origines. Alors elle lutte, pour combattre les clichés, mais s’enferme dedans bien malgré elle.

Le bleu est une couleur prédominante dans tout le film, et chaque nouveau chapitre de l’histoire s’ouvre sur un plein cadre bleu. A la fois symbole de la domination masculine, mais aussi de la « pureté » de ces jeunes filles si « innocentes » dans leur connaissance de la vie. Leurs moments de liberté, elles les vivent comme des instants volés dans une chambre d’hôtel, loin de leurs problèmes. Une douce parenthèse où elles profitent enfin de leur jeunesse, comme cette incroyable séquence où les copines reprennent Rihanna, symbole pour elle de la réussite d’une femme noire qui brille « comme un diamant ». Dans une image teintée d’un bleu imposant, elles font fi des interdits et s’abandonnent, totalement, à un plaisir si simple.

Hélas, le salut ne dure pas. Il faut retourner au combat de la rue. C’est ainsi que Céline Sciamma renoue avec son obsession de l’identité : pour s’en sortir, Marieme n’a d’autre choix que de muer en homme. Mettre de côté sa féminité pour mieux se fondre parmi la foule. La conclusion de « Bande de filles » ne laisse que peu de place à l’espoir. Certes, Marieme décide d’aller de l’avant, de ne rien lâcher ; mais tout en acceptant de ne plus être celle qu’elle est vraiment.

Les filles sont attachantes, leur complicité est émouvante. Mais la moralité gâche un peu le tout. De nombreuses fictions ne se terminent pas par une fin heureuse. Mais pour ce style de cinéma documentaire, la fin envoie un message plus que fataliste pour toute cette génération représentée. Dommage.

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