Ovni cinématographique

ABUS DE FAIBLESSE de Catherine Breillat

NOTE 2,5/5

Il vaut mieux ne pas découvrir Catherine Breillat par hasard, car son cinéma est violent. La première fois que je l’ai rencontrée, c’était avec « A ma sœur ». Un film terrible, horrible, absolument effrayant. Et je me suis alors demandée comment cette femme pouvait à ce point détester les femmes. Nul doute depuis que si Catherine Breillat et Lars Von Trier co-réalisaient un film, Charlotte Gainsbourg et Rocco Siffredi tiendraient les rôles principaux dans un mélange troublant de « Nymphomaniac » et « Romance X ».

Lorsque je suis allée voir « Abus de Faiblesse », j’avais volontairement évité de lire le synopsis. Je voulais être surprise, choquée – peut-être. Pour moi, le titre révélait une nouvelle intrigue sordide et torturée à la fois, mais certainement tournée de manière très intellectuelle ; comme Catherine Breillat sait le faire. Ses morales n’en sont pas toujours, mais ses films (ceux que j’ai vus) délivrent toujours un message.

Un film autobiographique

« Abus de Faiblesse », c’est la tragique histoire vraie de la réalisatrice, escroquée par Christophe Rocancourt alors qu’elle était devenue hémiplégique. Dans le rôle de Maud, Isabelle Huppert. Pour moi, elle est et restera la mère machiavélique et perverse de « Ma Mère » (Christophe Honoré). Dans le rôle de Vilko, Kool Shen (NTM). Avec de tels ingrédients, la mayonnaise Catherine Breillat était bien partie pour prendre. Le film est presque une mise en abîme de celui que Maud – réalisatrice – est en train de mettre en scène, et pour lequel elle engage Vilko comme acteur. Le pitch ? « Un homme frustré qui tombe amoureux d’une star ».

Cet amour dont il est question n’est que platonique, mais la relation physique revêt une autre dimension. Dans ce film, Vilko est sa béquille – ses bras et ses jambes qui ne fonctionnent plus. Maud se réveille hémiplégique après un accident vasculaire cérébral. Femme solide, elle se retrouve alors plongée dans la plus grande solitude intérieure, tandis que seule sa lucidité lui permet encore d’être vivante. Elle retrouve la parole et l’usage partiel de sa main au prix de terribles efforts, mais reste très dépendante. C’est en cherchant un acteur pour son projet de film qu’elle rencontre Vilko, « arnaqueur de stars », charmeur fascinant auquel elle ne résiste pas.

abus-de-faiblesse-isabelle-huppert-kool-shen

L’histoire distille quelques zones d’ombres, et on ne comprend pas vraiment comment Vilko tisse sa toile autour de Maud, jusqu’à la rendre psychologiquement dépendante de lui. Peut-être Catherine Breillat n’a-t-elle pas compris elle-même les méthodes de son propre arnaqueur ? Petit à petit, il impose sa présence, souvent étouffante : même absent du cadre, il est là, au bout du fil, ou dans la tête de Maud. Son pedigree d’escroc, elle ne l’ignore pas, mais la façon dont il la dépouille est si grosse que cela passe comme une lettre à la poste. Le spectateur assiste alors au spectacle, impuissant. Catherine Breillat n’explique pas ce qui se passe dans la tête de Maud lorsqu’elle accède à ses demandes. Elle comprend qu’elle se fait avoir, se rebelle à peine, puis signe les chèques. Un à un.

« Je m’en rendais compte, mais ça ne comptait pas »

Isabelle Huppert est impressionnante. Sa détermination, sa souffrance, sa douleur, l’actrice se substitue totalement au personnage. Dans « Abus de Faiblesse », le handicap est la clef de voûte de la mise en scène. Car Catherine Breillat aime les films un peu abstraits, nus, où le personnage n’a pas besoin de décor pour exister. Il était donc essentiel que le rôle soit assumé tout entier. Faible, Maud reste charismatique même dans les silences. Chaque plan est un tableau, une performance théâtrale qui remplit les blancs laissés dans le scénario. La force d’Isabelle Huppert ? Jouer une infirme mais oublier qu’elle le joue, qui fait de Maud un personnage si naturel. Ce long-métrage se veut beaucoup plus émotionnel que les précédents, car il met en scène une femme courageuse, abusée mais pas soumise.

abus de faiblesse2

Écrasée par les insistances de Vilko et sa malhonnêteté, Maud tente alors de briser le lien qui les unit. Le décor sommaire, au milieu d’une maison en travaux, bâchée de plastique et saturée de cartons empilés, reflète parfaitement leur relation distendue : « si t’es pas contente de m’en avoir prêté [de l’argent], fallait pas. Je t’ai pas obligée ! » se défend-t-il, après lui avoir extorquée près de 800 000 euros.

La dernière séquence est troublante. Maud est filmée en gros plan, son regard est très loin. Elle se refait le film dans sa tête, tente désespérément de donner un sens à cette histoire, de comprendre ce qui s’est passé. Puis elle regarde les spectateurs dans les yeux, tels des confidents silencieux, avant d’avouer, « c’était moi, mais c’était pas moi. C’était moi, mais … c’était pas moi », encore et encore, encore et encore …

abus de faiblesse fin

La performance d’Isabelle Huppert vaut largement le coup de voir ce film, même s’il ne répond pas à toutes ses promesses. Trop d’ellipses qui rendent certains éléments de l’histoire inexpliqués, un trop gros flou autour de la complexité de la relation – qui n’est pas assez explorée – et certainement un gros manque de spectaculaire, de provocation, qui font un peu la marque Breillat. 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s