Choc cinématographique

WE NEED TO TALK ABOUT KEVIN de Lynne Ramsay

NOTE 3/5

Après avoir parlé de « Mommy » puis de « Tel Père Tel Fils », il fallait boucler la boucle des relations parents/enfants. Avec « We need to talk about Kevin », Lynne Ramsay  aborde avec précaution un sujet complexe : la détestation de la mère.

Eva, mère dévastée, est aussi inconfortable dans son quotidien que dans sa tête. Sa vie de maman est un enfer : d’abord tombée dans un profond baby blues, elle comprend ensuite qu’elle et son fils ne parviennent pas à s’aimer. Dans sa quête de réponse, Eva est confrontée à de terribles épreuves que lui assènent  Kevin, dans le but de la heurter – et pourquoi pas la dévaster de l’intérieur.

Dualité mère / fils

Un jour, tout bascule. Devenue la risée de son quartier elle s’engage alors dans une longue route vers le passé afin de comprendre ce qu’elle n’a jamais réussi à maîtriser. Le film suit ainsi par flash-back le parcours chaotique de ce garçon étrange et cynique, de sa naissance à son adolescence – jusqu’à la cellule de la prison où il est aujourd’hui enfermé. Un enfant à la psychologie insondable; entre ambivalence et manipulation, mêlant le sentiment de rejet des ados d’Elephant (Gus Van Sant) et la personnalité effrayante du bébé de Rosemary (Roman Polanski), au regard glaçant et aux intentions toujours malveillantes. Dans son rôle, Ezra Miller est un peu ce que Jack Nicholson est à Jack Torrance dans l’illusion de la folie … : redoutable.

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Sa passion ? Elle se veut particulièrement symbolique : un arc et des flèches, comme une volonté d’atteindre le cœur – berceau des sentiments -, de tuer les quelques battements de vie suspendus et qu’il hait. Pendant plusieurs années, il apprend à manier cette arme, comme un exutoire qui lui permet de viser son but de façon allusive. On dit d’ailleurs que l’arc s’apparente au désir et à la fatalité.

Ici, la détestation de la mère est portée à son paroxysme. Mais difficile d’en comprendre la raison, car cette relation « anti-sentimentale » s’impose dès les premiers mois de Kevin, sans possibilité pour Eva de conquérir le cœur de son fils. Pire, chacun de ses actes n’a pour but que de détruire sa génitrice. Alors la question centrale du film repose sur le simple POURQUOI ? Kevin lui envoie-t-il un message ? Est-ce un appel au secours envers une mère qui ne sait pas comment aimer son bébé, ou plutôt un enfant démon incapable de sentiment ?

Mystères de la nature humaine

Voir ce film, c’est s’interroger sur ces destins désespérants, avec l’espoir secret que tout ne soit que pure fantaisie. Comment peut-on engendrer un diable pareil ? La nature humaine peut-elle réellement se montrer si mauvaise et perverse ? Bien sûr, « We need to talk about Kevin » ne relate pas une histoire vraie. Malgré tout, le cynisme de ce gamin fait particulièrement froid dans le dos. Sans une goutte de sang, sans effets spéciaux dithyrambiques, le film fait frissonner par son côté « plausible » et rappelle avec fracas que des parents en arrivent à commettre des infanticides, et que pire, récemment, une adolescente de 13 ans avait planifié le meurtre de son petit-frère …

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Pour exprimer le désespoir, le chagrin et l’incompréhension, Lynne Ramsay prend le parti d’une mise en scène esthétisée, presque surnaturelle par moments – tout comme la situation doit sembler improbable au personnage d’Eva, qui vit un véritable cauchemar psychologique tout au long de sa vie de mère. La couleur rouge est un symbole fort, référence au drame qui oppresse Eva autant que le spectateur. Paradoxalement, cette sensation d’être pris au piège, traqué par une progression habile de l’insoutenable, rendent « We need to talk about Kevin » étrangement magnétique. Frappé par l’immoralité, on reste là à contempler l’horrible : curiosité malsaine ou adrénaline du frisson ? Une chose est sûre, le jeu incroyable de Tilda Swinton – qui oscille entre rage et désespérance – donne une vraie force à ce film.

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L’amour est-il inné ? Aime-t-on absolument ses parents parce qu’ils nous ont enfanté ? « We need to talk about Kevin » remue les tripes et bouscule les idées idéalistes sur de la famille.

La dernière scène laisse une nouvelle fois place au doute et ébranle toutes les convictions.  La révélation pourrait bien renverser le cours des choses … Un lien est-il enfin en train de naître entre la mère et son fils ? L’image de fin – qui ouvre les portes de la lumière, comme un réveil après tant d’années de souffrances – laisse heureusement un peu d’espoir à notre imaginaire.

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