Cinéma vérité

DEUX JOURS, UNE NUIT des Frères Dardenne

NOTE 2,5/5

J’avoue. C’est Marion Cotillard qui m’a convaincue de regarder « Deux jours, une nuit ». Pourtant pendant longtemps, elle était la fille que je ne pouvais pas supporter, trop partout, omniprésente, même étouffante. Puis Jacques Audiard nous a réconciliées, avec son magnifique « De rouille et d’os ».

Cela faisait un moment que j’hésitais à me plonger dans ce film. Six mois plus tard, c’est chose faite. Verdict : intéressant, mais pas envoûtant. Dans la série des comédies dramatiques à visée sociale, « Louise Wimmer » (Cyril Mennegun) est tout de même plus solaire.

Pour autant « Deux jours, une nuit » n’a pas à rougir. La force de Marion Cotillard dans le rôle de Sandra est saisissante, touchante même. De ce petit bout de femme, on ne sait pas grand chose; elle est elle-même et toutes les femmes à la fois, eux et n’importe qui. Le propos est ailleurs très général, sur l’histoire d’une employée qui risque de perdre son travail à l’usine, si ses collègues votent en faveur de leur prime, le lundi matin. Aidée par son mari, elle n’a donc qu’un weekend pour faire triompher la solidarité, et convaincre les « camarades » de renoncer aux mille euros qu’ils espèrent tant.

Le film est une course poursuite à la recherche d’un peu d’humanité, dans une société rongée par l’individualisme.

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De la complicité à la solitude

Sandra est un personnage fragile – en rémission après une dépression – qui réapprend à voler de ses propres ailes, largement poussée par son mari. Brusquement, la vie l’oblige à affronter un nouveau défi. Elle s’engage alors dans un combat, si solitaire, malgré les encouragements de son époux et d’une amie. De toute façon, les guerriers sont toujours seuls sur le champs de bataille.

Car perdre son emploi, c’est se sentir abandonné, trahi par les siens – cette deuxième famille – capables de sacrifier l’un des leurs en échange de quelques billets. N’être qu’une marchandise, qu’on exploite et qu’on jette, sans reconnaissance ni affect.

« J’aimerais voter pour toi, mais j’ai besoin de ma prime ». La route est longue pour convaincre les seize employés, tous de bonne volonté mais embarrassés face aux sollicitations de Sandra. Tour à tour, entre compréhension et colère, les masques tombent et se dévoilent des visages sombres. Les réactions sont tantôt pleines de compassion, tantôt violentes, souvent déroutantes. Chaque nouvelle rencontre est une surprise, et les Dardenne réussissent heureusement à ne pas les rendre répétitives. Si l’espoir est le même, le film passe au scanner chacune des facettes – noires ou lumineuses – de l’être humain.

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Il y a ceux qui lui demandent pardon, les irascibles et ceux qui n’osent même pas l’affronter , Sandra se sent pauvre chose, réduite à mendier un peu de bonté et traitée de « voleuse de fric ». Un film aussi dépressif que sa protagoniste, qui donne au spectateur l’impression d’être dans la tête de Sandra. Epuré, réaliste, « Deux jours, une nuit » fait courir Marion Cotillard dans tous les sens, jusqu’à nous perdre, nous embrouiller, puis finalement nous désorienter. A la différence de Sandra, nous n’avons pas de Xanax : nous subissons son désarrois sans parvenir à deviner la conclusion de ce choix cornélien; sans possibilité d’échapper à ces moments pénibles.

La reconquête de soi-même

Sandra se confronte deux jours durant à un véritable mur de détresse, qu’elle découvre et réussit à comprendre, concevoir, en dépit de sa propre misère. Elle est la part belle de l’humanité, celle qui ne juge pas et protège. Lorsqu’elle suffoque, sous l’emprise du stress, Marion Cotillard est sans fard, pleine de vérité; son jeu est juste et sans manière. Elle n’en rajoute pas inutilement. Pas de cri, pas de scène. Elle encaisse, avec quelques cachets, se morfond sans rébellion.

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Puis le miracle se produit. Une collègue se rallie à sa cause. Une nouvelle alliée, une amitié naissante. Deux destins tragiques qui s’entrechoquent pour rayonner. En une fraction de seconde, Sandra devient forte. C’est décidé : elle se battra jusqu’au bout et sans relâche. Dans sa recherche de voix se cache en réalité une quête de considération. Être considérée pour exister. Un sas d’oxygène qui lui redonne le souffle pour avancer.

La fin, les Dardenne l’envisagent comme une drôle de « happy end », inattendue et paradoxale. Et si l’issue n’avait finalement aucune importance ? Car le vrai sujet du film est ailleurs, autour de l’estime de soi. Et comment, après une épreuve,on peut encore retrouver l’espoir et renaître de ses cendres.

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