Cinéma vérité

LA FAMILLE BÉLIER d’Eric Lartigau

NOTE 2,5/5

D’accord,  « La Famille Bélier » n’a a priori rien d’un film confidentiel. D’ailleurs pour être tout à fait honnête, si le distributeur Mars Films ne m’avait pas fait gagner de places, je ne suis pas certaine que le film aurait été dans ma wish list cinéma. Même avec Karin Viard au casting. Et pourtant … Est-ce le décor si féérique du Grand Rex, ou bien l’émotion d’avoir croisé Catherine Deneuve et Jean Dujardin (parmi d’autres) dans les rangs ? Difficile, finalement, de ne pas se laisser envoûter.

Puisqu’il faut parler franc, j’admets que la bande-annonce à elle-seule ne m’avait pas vraiment transcendée. Le synopsis, lui non plus, ne donnait pas beaucoup d’indices sur la qualité du film. L’histoire ? Paula, 16 ans, est la seule entendante dans une famille de sourds-muets. Son don pour le chant lui ouvre des opportunités qui remet en cause la vie de sa famille. A priori, une comédie légère, facile, avec François Damiens dans le rôle du père.

Tournage La famille Bélier

Et d’un coup, mes yeux s’écarquillent : quelle surprise. Léger,  en effet, le film l’est. « La Famille Bélier » traite du handicap, sans complaisance, mais avec une profonde bienveillance. Un arrière-goût d' »Intouchables » ? Sûrement. Mais en apparence seulement. En réalité, le film ne parle pas de surdité. Il s’intéresse à un sujet bien plus universel : l’envol (pour reprendre les mots du film) d’un enfant qui quitte le cocon familial pour faire sa vie. Tout simplement.

Incompréhension parents / ados

Paula n’a que 16 ans, mais gère la petite entreprise familiale d’une main de fer, entre deux cours. Alors femme, elle l’est déjà depuis longtemps, quoi que sa mère s’en pavane le temps d’une étrange scène un peu loufoque. Mais quelle plaisir s’autorise-t-elle ? Quelle est sa propre vie ? Dans cette famille qui signe mais ne parle pas, Paula s’oublie. Elle est l’épaule, l’oreille, l’interprète de ses parents vers le monde extérieur. Pourtant, malgré sa maturité, impossible pour la jeune fille de s’émanciper.

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Ainsi le film met en relief l’incompréhension qui règne au sein de cette famille. De façon factuelle d’abord : Paula est entendante. Dans ce vacarme inaudible, les parents se sentent trop différents de leur fille, au point, presque, de lui reprocher d’entendre, comme s’il s’agissait, paradoxalement, d’un handicap pour l’harmonie familiale. De façon esthétique, ensuite : la séquence du spectacle de chant illustre avec justesse la frontière qui les sépare. Le spectateur est ainsi plongé dans la tête des parents, immergé dans ce silence assourdissant; le temps d’un moment excluant où ils se retrouvent impuissants, incapables d’encourager leur fille, ni même de saisir son incroyable talent.

Le sentiment d’abandon

Dès lors, de quelle façon peut-elle exister ? Faire entendre sa voix, dans un environnement muet ? Pour Paula, l’affirmation d’elle-même est presque un hasard. Choisir le chant : une provocation inconsciente ? A minima, un jardin secret qu’elle peut cultiver, puisque la musique représente le parfait point de rupture communicative avec ses parents. La seule chose qu’ils ne peuvent – a priori – pas partager ensemble.

La-famille-Belier-photo

Paula conjugue ainsi deux vies : l’une chez elle, où elle est une aide indispensable au quotidien; l’autre au lycée, où son professeur de chant la pousse à se présenter aux auditions Radio France à Paris. Un environnement où – le temps d’une parenthèse – elle s’autorise à n’avoir que 16 ans, et des problèmes d’adolescente.

Participer au concours, c’est risquer de s’installer dans la capitale. Quitter sa campagne natale, laisser ses parents dans la jungle des entendants. Un sentiment d’abandon pour cette famille unie, qui se sent délaissée, trahie, décousue. La mère se laisse aller aux confidences malheureuses, blessantes, le père la rejette, par dépit. Alors oui. Paula est un personnage fort. Mais qui a ses failles, ses émotions. Je regrette que le réalisateur n’explore pas plus les sentiments de Paula. Entre force et fragilité, ce personnage aurait vraiment mérité d’être plus décrypté. Je m’étonne qu’on ne nous permette pas de mieux la comprendre. Quelle frustration, pour le spectateur, de la survoler, la frôler, sans jamais s’y confronter. On ne touche Paula que du bout des doigts. Dommage.

Dans l’ensemble, « La Famille Bélier » est une jolie poésie. La conclusion est attendue, mais émouvante, touchante. Il faut dire que l’histoire est servie par un casting détonnant. Louane Emera (découverte dans l’émission « The Voice » saison 2) apporte un peu de vérité à la fiction. Son jeu est vivant, vivifiant. Pour le choix des parents, on peut s’étonner de ne pas avoir choisit de diriger de vrais comédiens sourds-muets. Sans doute la nécessité de dépasser le handicap, de proposer une vision juste mais excessive, pour ne surtout pas risquer de se prendre au sérieux. Dans leur rôle, Karin Viard et François Damiens font cela très bien. Un challenge pas forcément facile, de jouer avec son corps, sans jamais ne dire mot.

« Mommy » vous a fait aimer Céline Dion. Promis, « La Famille Bélier » vous fera aimer Michel Sardou.

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