Choc cinématographique

COMING HOME de Zhang Yimou

NOTE 4/5

Deux jours plus tard : ça y est ! Je m’en suis remise. « Coming Home » était l’un des films que j’attendais le plus de voir dernièrement. Déjà parce que j’avais très envie de revoir Gong Li à l’écran – elle que j’avais adoré chez Wong-Kar Wai dans « In the mood for love » et « 2046 » –  mais surtout, l’histoire m’intriguait profondément. Après l’avoir enfin vu, je n’aurais qu’un conseil : celui de vous précipiter au cinéma. Mais quel dommage que si peu de salles ne projettent « Coming Home ». Car le film, signé Zhang Yimou, est tout simplement un bijou. Un BIJOU. Vraiment, j’ai cherché, mais je n’ai pas trouvé d’autre mot.

Les années 60. La Chine est en pleine Révolution culturelle. Des intellectuels sont arrêtés, dont Yan Shi. Près de vingt ans plus tard, lorsque la Révolution prend fin, les prisonniers sont réhabilités. Yan Shi retrouve ainsi sa fille Dandan, qu’il n’a pas vu grandir, et sa femme Wang Yu, toujours éperdue malgré les années. Hélas celle-ci souffre d’amnésie et ne le reconnaît pas. Et chaque jour, elle attend le retour de son époux, sans comprendre qu’il est à ses côtés.

Un film solaire

Le film n’use pas de procédés stylistiques, car il n’en a pas besoin. L’esthétique ici est naturelle, presque évidente. Dans une situation a priori sombre et vouée à l’échec, le réalisateur réussit à parsemer son film de quelques rayons de soleil, comme autant de bonheurs évanescents – tandis que la dramaturgie latente ne quitte jamais les personnages, des premières minutes à la scène finale. Pourtant, le scénario a ce quelque chose de subtil, qui permet au spectateur de garder espoir, en dépit des circonstances.

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Parce que Wang Yu souffre d’amnésie, chaque nouvelle journée est une page blanche dans son esprit. Un perpétuel recommencement, que Yan Shi cherche désespérément à endiguer, persuadé que la force de l’amour aidera sa femme à ouvrir les yeux. Un goût d’histoire sans fin, que Zhang Yimou parvient à rendre pourtant inattendu. Les situations ont beau se succéder, le film tient en haleine le spectateur qui continue de garder espoir même dans le doute. Loin d’être long et fatigant, « Coming Home » est une suite de scènes poignantes toutes plus surprenantes les unes que les autres, qui reviennent comme des anaphores dans la narration. A l’image de ces cruels moments de solitude tous les 5 du mois, où Wang Yu part attendre son mari à la gare … Et lorsque qu’enfin on croit avoir deviné la fin, le film rebondit sans cesse jusqu’à ce que le spectateur accepte de se laisser porter sans chercher à tout prix la clé de l’histoire. Inexorablement, la magie opère.

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Entre retrouvaille et abandon

Au-delà du synopsis, le film raconte l’histoire tragique d’une famille déchirée, désunie par l’injustice d’un régime totalitaire, qui peine à se reconstruire après tant d’années de séparation; mais le réalisateur choisit l’élégance plutôt que la violence.

De fait, le personnage qu’il dessine de Yan Shi est résolument bouleversant. Il le dote d’une capacité étonnante à encaisser et à prendre du recul. Sa personnalité placide est quasiment héroïque. Alors que le régime lui a littéralement volé sa vie, l’homme ne perd jamais espoir. Dans la perplexité, ses convictions restes intactes : le pouvoir de l’amour peut tout. Sa philosophie le pousse à penser que l’essentiel est d’être aux côtés de Wang Yu, quel que soit le masque qu’il doive emprunter pour y parvenir. Jusqu’au sacrifice ultime : la scène finale, sublime et transcendante. Presque schizophrénique. 

Le film est également une histoire de retrouvailles, et d’éloignement. Paradoxalement, c’est la jeune Dandan – qui a renié et détesté son père toute son enfance – qu’il retrouve, et son épouse – éplorée par son absence – qu’il n’arrive pas à soulager. Comment permettre à quelqu’un qui a perdu la mémoire de la retrouver ? C’est l’enjeu de Yan Shi, qui tous les jours joue sur les détails, les souvenirs, tel un puzzle qu’il tente inlassablement de reconstituer. Impuissant.

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Dandan, petite danseuse prodige, aliénée par le régime et pleine d’ambition, subit toute sa jeunesse l’absence de son père comme un fardeau. Ce géniteur fantôme, en plus de l’avoir abandonnée, se rend coupable de faire rejaillir (involontairement) l’injustice de son arrestation sur sa fille, la meilleure de son école mais à qui on refuse le rôle titre du spectacle à cause des idées politiques de son père. La frustration de trop pour Dandan. Elle découpe son visage sur chacune des photos de famille, rabroue sa mère dès qu’elle ose prononcer son nom, s’emploie à effacer Yan Shi de leur vie.

Curieusement l’impossible reconquête n’est pas celle qu’elle devrait être. Dandan, qui a grandit et s’est éloignée de sa mère, prend conscience de l’importance de Yan Shi dans leur famille. L’hypothétique possibilité de rémission pour Wang Yu, dont la maladie est irrémédiablement liée à lui. C’est ainsi qu’elle devient la meilleure alliée de Yan Shi dans sa quête du souvenir.

Le film nous sert 111 minutes magnifiquement efficaces, grâce au talent de ses protagonistes. Gong Li passe par tous les états, de la douceur à la folie, dans lequel elle se fond complètement. Son jeu est sobre, sans fioritures. En un regard seulement l’émotion devient vivace, submergeant. De son côté Chen Daoming ne démérite pas, dans cet exercice de patience. En deux mots : terrible et délicat.

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