Ovni cinématographique

THE SMELL OF US de Larry Clark

NOTE 2/5

Je ressors de la salle épuisée, lessivée, le cerveau retourné. En fait je ne sais pas vraiment ce que j’en ai pensé. Je suis perplexe. « The smell of us » est un tel ovni cinématographique qu’il m’est absolument impossible de dire si j’ai aimé ou non. Finalement j’avais tellement hâte de découvrir le nouveau film de Larry Clark que je suis presque déçue.

Paris, Le Trocadéro. Une bande de jeunes sautent en skate au-dessus d’un clochard étalé sur le sol. La scène s’étire, au son de guitare d’un ado qui chante. Ils s’amusent, se défient, se défoncent … cherchent les limites d’un monde où tout leur semble facile, accessible. Parmi eux, certains comme Math et JP raclent les tréfonds d’internet et deviennent escorts. N’y trouvant que le néant, ils s’abandonnent, au sort que leur réserve cette drôle de vie sans but … Pendant ce temps, Toff filme tout, et tout le temps. Symptôme de la jeunesse d’aujourd’hui.

Cette vision, sans nuance, est propre à Larry Clark. Il dessine ici le pire, le sale, le moche. Une jeunesse biberonnée aux nouvelles technologies, influencée par les jeux vidéos violents et les pornos qui façonnent leur sexualité décomplexée. J’estimais que « La crème de la crème » de Kim Chapiron manquait cruellement d’audace, de délit, d’indécence. Larry Clark à l’inverse nous livre une œuvre overdosée de mauvais sentiments, brossant le portrait amer d’une génération paradoxalement solitaire – bien qu’hyper-connectée – et blasée de tout. En somme, fidèle à lui-même. Hélas, selon moi, le résultat n’est pas à la hauteur de la promesse : de la violence et du vice oui, mais vides de sens.

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Je pense donc je suis

Quelle plus forte affirmation de soi que de disposer de son corps ? Peut-être est-ce finalement le message que souhaite nous renvoyer le réalisateur ? Larry Clark refuse la moindre explication, nous laisse juge et témoin à la fois, de ce flagrant-délit de déchéance. L’un est clochard, sale et humilié dans sa condition humaine, l’autre est tête brûlée, prêt à tous les excès contre un peu d’adrénaline. Ils se côtoient, se rejettent ou se tolèrent, partagent les mêmes doutes, les mêmes angoisses. La caméra capte leur errance, pommés dans l’étroitesse de leur existence. Les jeunes se prennent pour des héros, des rebelles; mais contre qui, contre quoi ? A force de se foutre de tout, ils finissent pas se foutre d’eux-même.

Larry Clark joue un jeu pervers, il n’épargne rien à ses personnages. La scène du fétichiste des pieds est non seulement répugnante, mais surtout dérangeante. Ainsi il impose à Math une épreuve glauque, éprouvante – tout comme au spectateur, pris en traître – l’amène jusqu’au dégoût de lui-même. Le voyeurisme est l’essence même du film. Il rajoute au malaise, face à ses ados débridés, impudiques, qui baisent (c’est le terme, désolée …) sans retenue, au milieu des potes qui tirent un joint, comme si tout était absolument normal. Toff continue de filmer, signe d’une génération « selfie », qui montre tout et n’a aucun tabou.

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Un film symptomatique de la crise d’adolescence

Quel est le véritable message de « The smell of us » ? C’est vrai après tout. On y voit des ados trash, des scènes incompréhensibles et j’espère improbables (la jeune fille qui baisse sa culotte pour uriner dans la rue, devant son pote, et ça ne choque personne ?), au fond des âmes tristes et perdues. Mais quel est l’objectif ? Pourquoi décident-ils de se prostituer ? S.C.R.I.B.E, le scénariste, nous explique post projection que le scénario lui-même n’a pas vraiment de sens. Merci, on aura compris.

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On connaît la passion de Larry Clark pour les déboires de jeunesse, un sujet qu’il maîtrise a priori sur le bout des doigts. Délesté de réflexion, « The smell of us » nous laisse un peu coi face à ce chaos inexpliqué. Un manque d’inspiration ? Un sujet usé ?

Selon moi, « The smell of us » a quand même une qualité : c’est une catharsis efficace. L’histoire est si pénible qu’on se sent si pur et saint d’esprit, face à ce déferlement presque gênant d’avilissement et d’irrespect de soi-même. Les jeunes et les vieux s’affrontent, se touchent, dans un méli-mélo bizarre sexuel et malsain. Le film est symptomatique d’une crise d’ado : la découverte de pratiques sexuelles débridées, l’inconscience, l’excès, l’expérimentation, la provocation, l’envie d’aller toujours plus loin … Larry Clark choisit la face sombre, la noircit un peu plus, force le trait, et transforme la réalité en un marasme profondément puant. Un parti-pris.

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