Ovni cinématographique

LE BAL DES ACTRICES de Maïwenn

NOTE 3,5/5

Je crois que je viens d’avoir une révélation pour Maïwenn. J’appréciais déjà son travail depuis l’émouvant « Polisse » et sa mystérieuse prestation dans le toqué « L’amour est un crime parfait » des Frères Larrieu. Mais avec « Le bal des actrices », j’ai l’impression d’avoir cerné le personnage. Maïwenn, avec sa fantaisie, dénote dans le paysage cinématographique. Non pas qu’elle soit la seule à innover, néanmoins cette signature lui sied bien. Une patte drôle et originale, qui m’a littéralement passionnée. Ici, contrairement à « Polisse » (oui je refais le chemin à l’envers !), le scénario est beaucoup plus abstrait – bien qu’au fond, le film sonde d’autres névroses.

La forme, elle, est schizophrénique : tous les protagonistes jouent leur propre rôle, se mettent en scène de façon parodique. Le pitch ? Maïwenn décide de tourner un documentaire sur la vraie vie des actrices. Elle part ainsi à la rencontre de 10 comédiennes afin de les suivre dans leur quotidien. Parmi elles, Karin Viard (voilà :-D), Marina Foïs, Mélanie Doutey, Julie Depardieu, Romane Bohringer, Muriel Robin, Karole Rocher, Charlotte Rampling ou encore Estelle Lefebure, acceptent cette étonnante mise en abyme.

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Vérité mensongère

Quelle est la part de vérité dans ces réalités déguisées ? « Le bal des actrices » s’amuse à cultiver le trouble. Entre parade documentaire et parenthèses en-chantées – façon comédie musicale – Maïwenn noue une relation particulière avec le spectateur; une complicité. En se mettant elle-même en scène, l’actrice-réalisatrice incarne son sujet. Je la sens proche et lointaine à la fois, elle me parle mais parle aussi à ses comédiennes. Elle utilise son caméscope comme frontière matérielle entre le réel et la fiction : c’est vrai, mais ce n’est pas vrai. Au fur et à mesure se mêlent le vrai du faux, pour ne faire plus qu’une réalité. Celle de Maïwenn, qui passe au scanner les secrets et angoisses de stars.

C’est donc tout naturellement que le format documentaire est choisit. Il offre la liberté de l’instantané, qui donne parfois lieu à quelques scènes cocasses – comme Romane Bohringer, humiliée, qui se cache dans le placard de la directrice de casting – mais permet surtout une certaine sensation de proximité avec les « actrices », presque comme s’il était vraiment possible de pénétrer leur intimité, d’assouvir cette passion du voyeurisme qui anime nos âmes curieuses. Paradoxal. Mais quel délice de se laisser prendre au jeu …

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Avec son film, Maïwenn nous montre la vraie couleur des paillettes. De la poudre autour des yeux tristes de nos chères actrices, perdues entre mal d’amour et peur du lendemain. Ainsi elles jouent (c’est bien ce qu’on leur demande, après tout) leur propre vie, ou plutôt, la façon dont elles l’imagine. Karin Viard se voit déjà star aux Etats-Unis mais ne parle pas anglais, Romane Bohringer s’invente de multiples propositions alors qu’elle n’a aucun projet … Par leurs histoires tantôt drôles, tantôt dépressives, chacune revendique ses défauts, ses complexes ou ses déprimes. Humaines, simplement humaines.

« On ne fait pas ce métier si on n’est pas névrosé »

Avec « Le bal des actrices », Maïwenn met en scène une réalité de carton parfois plus vraie que nature. Le couple qu’elle forme avec Joey Starr (qui n’était pas encore son compagnon à l’époque) par exemple, explose de sincérité. Les crises de Karole Rocher pendant ses cours de théâtre m’ont fait frissonner. Fragiles mais manipulatrices, on ne sait plus bien qui mène vraiment la danse. En fait si : c’est Maïwenn, qui leurre le spectateur comme ses actrices. On ne saisit pas toujours le but, mais le film tend à démystifier ce métier, jusqu’à l’éclatement final, séquence remplie d’auto distanciation dans laquelle Maïwenn n’hésite pas à aller jusqu’à mettre en scène son propre échec. Gonflé !

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D’un point de vue artistique, « Le bal des actrices » est véritablement tordu, mais c’est bien là que se trouve tout son charme. Dommage que parfois la réalisatrice passe à côté de son sujet. Je ne comprends pas, par exemple, pourquoi toutes ces actrices sont d’accord pour se laisser filmer, d’ailleurs Maïwenn ne met pas en scène toutes ses approches. Ce qui donne la désagréable impression d’avoir raté un truc : quelles sont les raisons qui les poussent à accepter, ont-elles des comptes à régler avec elle-mêmes ? Des choses à se prouver, à comprendre ? Envie de se révéler ? De la même manière, je m’étonne que Maïwenn n’essuie pas plus de refus, à part celui de Charlotte Rampling, mais qui franchement cède vraiment très très facilement.

Si ce n’était pas clair avant, on aura compris que Maïwenn aime se mettre en scène, devenir « reporter » comme pour dévoiler les dessous de la fiction, opposer vérité et mensonge. C’est drôle comme elle me fait penser au syndrome des acteurs, qui nourrissent certaines névroses le temps d’un tournage, à force de rentrer dans la peau de leur personnage. Comme Marion Cotillard, hantée par Edith Piaf après avoir joué « La Môme » (Olivier Dahan). Quelque part (et dans la nuit, dans le brouillard), on pourrait presque dire que « Le bal des actrices » est un peu la version poilante et parodique des très sérieux « Opening Night » (John Cassavetes) avec la sublime Gena Rowlands ou encore le plus récent « Actrices », de et avec Valéria Bruni-Tedeschi. Si. Si, si. Dans la nuit et le brouillard j’ai dit …

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