Choc cinématographique

RESPIRE de Mélanie Laurent

NOTE 3,5/5

C’est curieux comme j’ai l’impression de connaître Mélanie Laurent, l’avoir vu partout et finalement … me rendre compte qu’elle ne m’a pas laissé de souvenir impérissable en tant qu’actrice. J’ai vu plusieurs de ses films, pourtant un seul dont je me souvienne. Comment oublier « Le Concert » (Radu Mihaileanu), où elle m’avait effectivement bouleversée en musicienne prodige.

Elle signe avec « Respire » son deuxième long-métrage et maintenant que j’en parle, je me demande pourquoi je n’ai pas regardé « Les adoptés » ? Si la comédienne a pu agacer il fut un temps, par son omniprésence médiatique, nul doute que cette fois-ci, je me rappellerais ses talents de réalisatrice. « Respire » est un film aussi fabuleux qu’il est audacieux. Il ne s’agit pas d’un film parfait, mais la justesse de sa mise en scène et la vérité qui s’en dégage lui confèrent ce côté magnétique, attirant. Asphyxiant.

Respirer. C’est, symboliquement, le sujet du film. Une respiration en deux temps : inspirer pour trouver le courage, expirer pour survivre. Le combat que mène la jeune Charlie, 17 ans. Des amis, des complexes, une vie banale. Sarah est nouvelle. Elle est belle, exaltée, envoûtante. Elles nouent une étouffante amitié, toxique, venimeuse, presque corrosive. Mélanie Laurent oppose ici l’amour et la haine, la plénitude et la solitude.

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La tentation de l’excès

La vie et ses perversités sont des sujets inépuisables, qu’on peut traiter mille fois mais de façon toujours unique. Si les excellents « Party Girl » (Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis) –  et « Amour » (Michael Haneke), malgré la tragédie ambiante –  transcendaient la beauté de la vieillesse, il me semble que les histoires d’ados sont souvent les plus intéressantes : c’est la phase du changement, du mal-être, de la vie qui commence, d’un entre-deux où tout peut arriver. Une source infinie de possibles.

Mélanie Laurent dote ses personnages d’une identité forte, bien que Charlie ait un caractère aussi docile que discrète. C’est une fine fleur enfermée dans l’enfance, parfois aussi sérieuse que sinistre. Elle est consciencieuse, lisse, à tel point qu’en effet, on aurait envie de la secouer un peu; qu’elle se réveille. Sa rencontre avec Sarah est un électrochoc, une récréation. Tout un monde qui s’ouvre à elle. La vie devient soudainement plus colorée, plus fun. L’audace est communicative, et Charlie s’autorise la fantaisie et la bêtise – raisonnable.

Se referment doucement les portes de cette prison immatérielle. Comme une drogue dont Charlie serait devenue accro, Sarah se mue insidieusement en poison. Derrière le mirage, une réalité, noire. Aveuglante. A l’image de l’ivresse irrationnelle qui l’anime. Mélanie Laurent s’épargne ici quelques difficultés, en choisissant un personnage presque pré-disposé à la faiblesse. En effet, Charlie subit au quotidien la lâcheté de sa mère, incapable de résister à ce mari déméritant. Elle reproduit ainsi le schéma maternel, esseulée dans cette guerre du souffle.

Une amitié froide et acide

Sarah est omniprésente, captivante. Elle se transforme en meilleure amie, elle ne le devient pas. Son personnage est si solaire qu’elle éloigne Charlie de toute vie sociale jusqu’à la séquestrer dans un huis-clos redoutable. Elles partagent tout ensemble, comme deux amies de toujours. Sarah s’invente une vie sur-mesure, aussi excitante que celle de Charlie est déprimante. Elle manie les mots et les relations humaines, la comédie aussi, se fait adorer de tous.

« Respire » fait partie de ces films dont on croit deviner la suite, pourtant Mélanie Laurent réussit à surprendre. La cruauté devient acerbe, contrebalance avec des instants d’une infinie douceur. « J’aurais dit que tu étais mon amie« . La phrase résonne comme une claque. En une fraction de seconde, l’ambiance change, glaciale. Les masques tombent. Charlie découvre le double-je de son « amie », commence à étouffer. Le film joue sur le symbole de la respiration, utilisé ici de manière littérale et artistique. En effet, Charlie est asthmatique. Une sorte de faiblesse physique, qui lui oppresse la poitrine parfois, aussi étouffante que les vicissitudes de Sarah. La scène du cours de sport où Charlie s’époumone jusqu’à perdre haleine est aussi gracieuse que crispante.

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« Respire » parvient à étouffer le spectateur comme il étouffe sa protagoniste. Le fait suffoquer chaque fois que Charlie suffoque. A la lumière de sa caméra, Mélanie Laurent saisit les mécanismes de l’asservissement, qui s’immisce doucereusement dans les relations. Un jeu de Dr Jekyll & Mr Hyde, dans lequel Lou de Laâge excelle. Une véritable révélation. Dans le rôle de Sarah, elle passe de l’amour à la haine et du bonheur à l’horreur en un instant. En face, Joséphine Japy ne démérite pas. Elle oscille entre volonté farouche de se rebeller et bienveillance sur-développée qui la pousse à pardonner.

Par analogie, je repense forcément au subtil « Abus de Faiblesse » de Catherine Breillat. Ici le processus était moins féroce, plus habile. Plus délicat, aussi. Dans « Respire », Mélanie Laurent met en exergue la violence de l’adolescence, à la fois sarcastique et menaçante, qui rôde. Parfois, j’ai eu la sensation que cela allait trop loin, ou trop vite – entre harcèlement et mépris : comment rester de marbre lorsque l’humiliation est publique ? Lorsque la farce devient machiavélique ?

Je le redis, mais je suis épatée par tant de crédibilité dans la mise en scène, et notamment par la scène finale qui offre enfin un sursaut tandis que le film commence à user de son stratagème et à tourner en boucle. Dissection habile d’une face sombre de la nature humaine, « Respire » brille par  ses deux jeunes comédiennes, qui sont à couper le souffle, tout simplement. Toxique et ténébreux.

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Une réflexion sur “RESPIRE de Mélanie Laurent

  1. MERCI à Mélanie Laurent pour ce film poignant de vérité. Je l’ai vu 2 fois en moins de 2 mois, fait voir à des amis etc…Quelle morale,quelle vérité sur l’abus de faiblesse,de confiance,de morale…Psychologiquement frappant et incontestablement mon film favori avec « intouchables »…Merci de remonter la côte du cinéma français avec des sujets d’actualité,des acteurs aussi vrais que nature et…Une MÉLANIE LAURENT hors du commun.
    BRAVO ET MERCI BEAUCOUP

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