Choc cinématographique

LES COMBATTANTS de Thomas Cailley

NOTE 3/5

L’effet César. Si « Timbuktu » (Abderrahmane Sissako) a raflé la plupart des Prix de la cérémonie, le film de Thomas Cailley est pour moi l’autre grand gagnant, largement salué pour son interprétation, avec le Prix de la meilleure actrice remis à Adèle Haenel, puis celui du meilleur espoir masculin à Kevin Azaïs. Inutile de préciser qu’au départ le film ne m’attirait pas vraiment. Mais quelle erreur !

Adèle, je l’ai découverte dans « Naissance des pieuvres » (Céline Sciamma). Il faut dire que les Adèle sont tendance actuellement : succès pour « La vie d’Adèle » (Abdellatif Kechiche), puis pour son interprète Adèle Exarchopoulos, maintenant Adèle Haenel, qui d’ailleurs n’en est pas à sa première récompense. Elle a en effet déjà été primée en 2008 meilleur espoir féminin puis en 2014 meilleur second rôle aux César. Elle aura beau faire l’étonnée dans son discours de remerciements, dire que ça lui fait un drôle d’effet, finalement même si je ne pouvais pas m’empêcher d’être team Karin Viard (qui entres parenthèses aurait dû être nommée pour « Lulu Femme Nue » de Solveig Anspach !), je reconnais qu’Adèle méritait sa récompense à 200%.

Derrière son joli visage, une allure de bonhomme. Adèle Haenel partage avec son personnage de Madeleine ce côté sauvage. Comme Madonna dans « Recherche Susan désespérément » (Susan Seidelman), on a presque l’impression que « Les combattants » est un film cousu main pour elle. Sans doute la raison pour laquelle l’histoire lui sied à merveille, et que la magie opère.

Les-Combattants_reference

Arnaud n’attend rien de l’avenir, il alterne entre journées de travail dans l’entreprise familiale d’abris de jardin et virées entre potes. Madeleine est une dure à cuire solitaire, qui se prépare à la fin du monde. Leur rencontre est aussi improbable qu’émouvante.

« Les combattants » est avant tout une chronique adolescente. Une mise à l’épreuve de deux âmes perdues, l’une dans la catastrophe imminente, l’autre dans la légèreté inconséquente. Contraires mais pourtant complémentaires, Arnaud et Madeleine découvrent ensemble une autre réalité, qui les mène au-delà de leurs propres expectations. Ce n’est pas leur stage militaire, trop formaté, qui les guide. Mais leurs instincts grandissants, en route vers la maturité. Avec son film, Thomas Cailley met en scène le combat commun à chacun de nous du passage à l’âge adulte, avec ses doutes et ses convictions. Ses audaces et ses angoisses.

les-combattants

Le réalisateur souligne les premiers élans amoureux de deux jeunes doucereusement cinglés, qu’on aime volontiers adorer. Car leur anticonformisme apparent se révèle finalement si « normal », qu’on adopte vite ces deux héros en quête de repère. Certains s’initient à ce qu’ils appellent « l’école de la rue ». Ici, Thomas Cailley éduque ses personnages à l’école de la nature. Un apprentissage sans concession.

Madeleine s’inflige un traitement sans faveur : plongée avec un sac à dos chargé de tuiles ou encore smoothie de poisson cru. Elle imagine que c’est l’intransigeance qu’elle s’impose qui lui permettra de survivre le cas échéant. Mais courtisée, poussée dans ses retranchements, la dureté devient fragilité. A l’inverse, Arnaud vit sans s’inquiéter du lendemain. Il est grand déjà mais n’a pas quitté ses manières de gamin. Il est fantaisiste, rêveur. L’aplomb de Madeleine le fascine autant qu’il l’intrigue.

Le film de Thomas Cailley est métaphorique; contrairement au cinéma de Céline Sciamma, plus « conscient ». Le réalisateur transpose ici les ivresses adolescentes via un cheminement initiatique, qui s’apparente à une jolie fable sur la naissance des sentiments, mais surtout de deux jeunes adultes, dans un combat matérialisé et que Cailley mue en « réalité ».

Les-Combattants-Madeleine-Adele-Haenel-et-Arnaud-Kevin-Azais

« Les combattants » est une histoire d’amour et de survie. Une histoire de confiance aussi. Thomas Cailley montre, s’il en était besoin, à quel point la difficulté permet de s’ouvrir et de s’abandonner. Elle se laisse apprivoiser, il lui remet les pieds sur terre et lui fait prendre conscience des réalités. Lui prend confiance en lui, comprend que l’avenir compte. « Les combattants » n’est pas un film mielleux, mais sensible. Adèle Haenel y est d’une présence écrasante, Kevin Azaïs, éclatante. Cent minutes d’apesanteur à expérimenter absolument !

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