Cinéma vérité

VIE SAUVAGE vs LA BELLE VIE

NOTE 3,5/5 – REGARDS CROISES

Un père nomade à qui l’on refuse la garde de ses enfants décide de fuir l’injustice des lois, et s’engage avec eux dans une longue cavale qui durera plus de dix ans.

belle vie sauvage

De « La belle vie » (Jean Denizot) ou de la « Vie Sauvage » (Cédric Kahn), ces appels de la nature se retrouvent dans leur inspiration commune : l’affaire Xavier Fortin. Version romantique ou version chaotique, les deux réalisateurs (qui ont sorti leur film à 7 mois d’intervalles) se rejoignent certes sur le fond, mais s’adonnent à des formes bien différentes. Ils évitent ainsi le piège de la « pâle copie », bien que je vous conseille l’intrigante expérience de les regarder à la suite : quelle curiosité de les voir se superposer, avec un naturel déconcertant.

vie sauvage montage

Cependant, les titres choisis sont plutôt révélateurs de leur parti-pris. Dans « Vie Sauvage », l’épopée de Mathieu Kassovitz n’est pas de tout repos. Filmé aux racines, le réalisateur y dissèque méticuleusement les personnalités de ses protagonistes. Guerre de couple, bataille juridique, cris, pleurs : le film s’ouvre sur un drame, pris en tenaille dans la course-poursuite d’une mère qui arrache ses enfants à leur père. La mise en scène est acide, volontairement féroce. Les cheveux longs, l’allure hippie, Kassovitz se mue en père courage, si convaincant parfois que le spectateur se laisse aller à l’envie d’y croire. Les enfants se prénomment Tsali et Okyesa, symboles d’un anti-conformisme revendiqué. En face, Nicolas Bouchaud est un bohème pacifiste – père de Pierre et Sylvain –  tout aussi idéaliste mais si lunaire. Bien sûr, sa « Belle vie » n’est qu’un leurre, un mirage fragile qui peut se figer à chaque instant. Jean Denizot réinvente sa propre fuite dans une version de l’histoire peut-être plus subtile, en dépit d’un excès de bons sentiments.

Belle ou rebelle, cette drôle de vie ? Au-delà d’une photographie généreuse et réussie, les films de Denizot et Kahn ne sont pas qu’une invitation au voyageIls expriment également la vie qui grandit et la relation parents / ados qui évoluent; l’ambivalence de ces jeunes entre préservation d’un modèle marginal et émancipation vers la modernité. Avec, en toile de fond, l’aspiration à une vie aussi honnête que leurs pères ont souhaité pour eux, tandis qu’ils sont dans le mensonge perpétuel vis-à-vis des gens qu’ils croisent. En somme, la fin d’un paradoxe devenu difficile à porter, à l’heure des premières rencontres amoureuses. 

vie sauvage montageados

La peur d’abandon du père démontre l’égoïsme parental, où l’enfant n’a en réalité pas sa place. Qu’elle soit belle ou sauvage, leur liberté se révèle n’être qu’une prison de nature, qui s’arrête là où se découvre le chemin. C’est ici que resurgit la figure maternelle. « Vie Sauvage » se termine comme il a commencé : c’est-à-dire avec violence et opposition, dans l’extrême froideur d’un commissariat. Je regrette cette dernière séquence, qui terni le film d’un pathos indélicat. Cédric Kahn tombe soudain dans le piège d’une fin « facile », alors même que la vigilance est partout dans son film. Quel dommage ! A l’inverse, Jean Denizot s’éclipse avec sa naïveté plus onirique. Son dénouement « ouvert » laisse ainsi toute la place au mystère, signé avec beaucoup de poésie, sur la rencontre – ou pas – d’une mère avec son fils, sur le terrain de l’enfance et du souvenir, dans les entrailles d’une aire de jeux.

Dans le fond, les deux films valent largement d’être vus. Personnellement, j’avais découvert « La belle vie » en février 2014, lors de sa présentation au Festival International du Film d’Environnement, où il avait été primé – véritable coup de cœur du public. C’est donc tout naturellement que j’étais curieuse de découvrir la version sauvage de Kahn. Le film est plus puissant, il faut avouer. La mise en scène est soignée, trop, sans doute. Celui de Denizot est filmé avec la sincérité d’un premier film, moins ordonné mais plus atypique.

Commencez par la version de Cédric Kahn, qui vous entraîne sans ménagement dans cette vie sauvage, rendue épique par ses acteurs Mathieu Kassovitz et Céline Sallette, et magnifique par ses tout jeunes acteurs David Gastou et Sofiane Neveu ( bien plus que les deux ados, honnêtement). Voyez ensuite « La belle vie » pour adorer ce couple d’adolescent (Zacharie Chasseriaud et Solène Rigot) aussi tendre que pétillant, cette cavale douce-amère et la plus belle fin des deux versions … Magiques.

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