Choc cinématographique/En bref

En bref : JACK d’Edward Berger

NOTE 3,5/5

Jack, dix ans à peine, est déjà seul responsable de sa famille : son frère Manuel, six ans, et leur mère Sanna, qui travaille la journée et fait la fête la nuit. Les services de protection de l’enfance décident alors de placer Jack dans un centre d’hébergement. Suite à un événement, Jack et son frère sillonnent Berlin pendant trois jours, à la recherche de leur mère devenue injoignable.

Scène 1, séquence 1 : Jack se hâte de préparer le petit-déjeuner et d’habiller son frère Manuel. L’émotion plutôt que la sensiblerie : c’est le parti pris d’Edward Berger. Proposer un large éventail de sensations, entre attendrissement et malaise, mais, surtout, éviter la surenchère. Il livre ainsi des images brutes, d’un naturel déconcertant. Parfois même dérangeant.

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Le film ne crée par vraiment la surprise, ne s’égare pas dans les codes du thriller. L’intrigue en elle-même n’a que peu d’importance, car le sujet est ailleurs. Dans un contexte social complexe – une mère immature, un enfant privé d’enfance et brimé, un environnement glauque … – , le réalisateur tire les ficelles d’une mise en scène qu’il a imaginée, mais néanmoins ancrée dans un bel effet de réalité. Jusqu’où peut-on aimer ? Peut-on tout pardonner ? Sans prétention, Edward Berger se met à hauteur de l’enfant, et nous offre ici l’une des plus belles histoires d’amour du cinéma de l’année. Non pas celle d’un homme et d’une femme, mais l’amour inconditionnel d’un enfant pour sa mère. Bouleversant.

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Naïveté juvénile ou espoir passionné ? Pour parler de Jack, il faut parler avec le cœur. Précisément parce que l’histoire repose sur l’Amour avec un grand A.  Jack a déjà tous les attributs du parfait héros : l’énergie, le courage, l’espoir … et le charme. Un rôle incarné avec brio par le jeune et prometteur Ivo Pietzcker, qui détient ce supplément d’âme qui fait la différence : la résilience. Du haut de ses trois pommes, il nous emmène dans ses tribulations chaotiques à travers un Berlin sombre ou sordide. Loin d’être une invitation à découvrir la ville, le sujet est traité façon récit initiatique : un « apprentissage » de la vie pour Jack, que le spectateur voit grandir au rythme de la caméra. Et Edward Berger ne lésine pas sur les épreuves qu’il inflige à son personnage. Chassé en plein sommeil d’un parking souterrain – seul refuge trouvé pour la nuit -, malmené par ses camarades du foyer, confronté à l’indifférence générale … Plongé dans les lieux les plus underground, Jack semble tristement aussi transparent pour les gens que dans les yeux de sa mère.

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Pourtant il ne s’agit pas de désamour, mais du « mal aimer ». Jack est à la fois le fils, le frère et le père. En somme, un pilier, sinon, une épaule. Sous ses airs de petit garçon « normal », Jack est un personnage multiple, victime de l’inconséquence de sa génitrice, devenue mère par inadvertance. Rien n’est grave pour cette adulescente, symbole d’une vie de débauche. Comme lorsqu’elle retrouve Jack et Manu, après trois jours, qu’elle reçoit plutôt comme des invités que comme ses propres enfants. Soudain l’éclosion prend forme, annonciatrice du changement : la chute est brutale. La déception est immense. L’émotion est intense. Révoltante. Effrayante. Résolument, Jack est un grand.

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