Cannes 2015

Cannes, jour 1 : Hrùtar & Chauthi Koot

Définitivement, Cannes se mérite ! Me voilà enfin à bon port, après plus de 11 heures de train pour relier Paris-Cannes de nuit. En un instant, j’oublie fatigue et douleur : la Croisette est là, d’un calme saisissant en ce début de matinée. Le Festival s’éveille à peine, et seule la queue des accréditations s’allonge doucement à perte de vue.

Désormais officiellement cannoise, je m’octroie même le luxe d’un petit-déjeuner au soleil, avant d’aller tranquillement rejoindre la salle Debussy – en face – pour le premier film de la journée. Il s’agit de Hrùtar (Béliers) de Grimur Hàkonarson, présenté dans la catégorie Un Certain Regard.

HRUTAR

Equipe du film « Hrutar »

Dans une Islande aussi belle que fourbe, les fermiers de la vallée sont désespérés : leurs moutons sont atteints d’une épidémie de tremblante. Alors que les autorités sanitaires procèdent à l’abattage des troupeaux et à la désinfection totale des exploitations, deux frères en guerre sont contraints de se réconcilier pour sauver les quelques bêtes qu’ils ont illégalement conservées.

Si le réalisateur dédie son film aux moutons, ce n’est pas juste pour la blague : ce sont effectivement bien eux, les personnages centraux du film. Les sauveurs et les dangers à la fois.

Ne vous fiez pas à l’allure vieux bonhomme des personnages, encore moins à l’ambiance triviale du concours de béliers. Dans le drame absolu, plombé par quelques notes de musique lancinantes et fatalistes, le réalisateur use d’un comique de situation efficace, évitant ainsi le piège d’un film tire-larmes au regard de la gravité des personnages. Hákonarson y distille des scènes de respiration calées avec justesse et nous délecte d’un humour noir particulièrement délicat, à l’image du vieux Kiddi, que son frère Gummi retrouve congelé dans la neige, et qu’il jette en pelleteuse devant l’hôpital. Paradoxalement un acte « d’amour », compte-tenu de leurs relations mouvementées, toujours prêts à s’affronter. A se demander qui sont réellement les « béliers » de l’histoire.

En dépit de l’infinie liberté des vallées, dont les vues s’enchaînent comme on fait tourner des diapositives, Hákonarson fait émerger la partie invisible de l’iceberg : sans les troupeaux, ces étendues de nature ne sont qu’une triste prison de solitude. Une nature morte et hostile, où le danger est omniprésent. Comme lorsque l’agent sanitaire chargé de vérifier le respect des mesures préventives vient prendre le café tandis que les bêtes rescapées broutent au sous-sol de la maison : ou quand le loup entre dans la bergerie …

« Hrútar » capte ainsi la naissance du dialogue, maladroit, dans un monde isolé où les animaux sont les seuls porte-voix. Et, finalement, ce sont les spectateurs eux-mêmes qui finissent, immanquablement, par avoir la tremblante.

SORTIE PRÉVUE EN NOVEMBRE 2015


Le manège des films reprend vers 14h. La Croisette est désormais noire de monde et la file d’attente pour le film de Gurvinder Singh, « Chauthi Koot » (La quatrième voie)  – présenté également dans la catégorie Un Certain Regard – est prise d’assaut, tant par les professionnels que les curieux. Les badauds font crépiter leurs flashs sans avoir même idée des personnes qu’ils ont face à eux, portés par la frénésie cannoise. Sous le soleil, l’attente paraît interminable tant le monde afflue.

Dijon 066

Equipe du film « Chauthi Koot »

Curieusement ce deuxième film ne s’avère pas plus gai que le premier. Quel contraste avec l’atmosphère glamour et insousciante de la Croisette ! Pardon si la comparaison peut choquer, mais personnellement, « Chauthi Koot » me rappelle l’impuissance de « Timbuktu«  (Abderrahmane Sissako) face à l’oppression absurde du peuple sikhs, tiraillé entre les indépendantistes et les autorités.

Le film entremêle deux histoires, deux destins, différents et pourtant identiques, symboles d’une désolation permanente. « Pour vivre heureux, vivons caché » dit l’adage. Le repli sur soi, telle est la seule arme des sikhs, face à la menace omniprésente. Il y a ces amis, d’abord, qui supplient le chef de bord de les laisser rejoindre Amristar tandis que le train a ordre de voyager à vide. Puis il y a, ensuite, cette famille qui a fait le choix de vivre hors de la ville, dont le chien censé les protéger devient l’objet de tous leurs ennuis. Une seule solution : se débarrasser du chien. Mais celui-ci revient toujours … Le réalisateur utilise l’absurde pour mieux souligner l’horreur. Le quotidien pour évoquer le sentiment de peur.

« Chauthi Koot » est un film où le spectateur doit apprendre à lire dans les images. Les effets de surimpressions sont des appels au secours muets, d’une population littéralement emprisonnée dans une forme de fatalité. Les ouvertures de portes ou les cadres de fenêtres ne sont plus que des mirages de liberté, tandis qu’il n’existe, a priori, aucune véritable issue.

Heureusement l’espoir ne meurt jamais, et la solidarité souffre, mais perdure. Le train arrive à Amristar. Les passagers arrivent sains et saufs. Mais le voyage ne se termine jamais vraiment, sur le chemin du danger

SORTIE PRÉVUE EN MAI 2015

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