Cannes 2015

Cannes, jour 2 : Conférence de presse Xavier Dolan & Panama de Pavle Vuckovic

Ce matin, j’ai les yeux enflés de fatigue et le teint pâle. La nuit a été courte, encore une fois. Mais la perspective d’une nouvelle journée sur la Croisette m’encourage à troquer ma couette pour ma tenue de combat à paillettes.

Il est 10h30 lorsque j’arrive en gare de Cannes, après un trajet qui m’a paru interminable (une heure, en fait). Je suis impatiente de rejoindre la salle Miramar pour assister à la première projection de la journée : « Ni le ciel ni la terre » de Clément Cogitore, où Kevin Azaïs (César du meilleur espoir masculin) et Jérémie Renier se retrouvent plongés en plein conflit Afghan. Un drame tristement contemporain, présenté dans le cadre de la Semaine de la Critique. Il est encore tôt, le sujet est lourd. J’ai bon espoir de pouvoir rentrer dans la salle. Car oui, Cannes est un peu le Disneyland des films; sauf qu’on patiente des heures, mais sans la garantie d’accéder à l’attraction. Bref, c’est un peu l’école de la frustration.

Aujourd’hui, la queue des professionnels et de la presse dépasse presque celle des cinéphiles. En gros : c’est compromis. Après 55 minutes d’attente, la séance est complète. Je suis dépitée, toutes les séances ont commencé, et il n’y a plus grand chose avant 14h. Le film est prévu pour l’automne 2015, je patienterai …

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Xavier Dolan présente « Be True to Your Pleasure » sur la Plage Magnum Cannes

Je me console vite : il me reste 3 heures pour prendre un bain de soleil sur la plage, avant de rencontrer … Xavier Dolan ! Oui, ce surdoué un peu mégalo qui a bouleversé mon petit cœur de cinéphile avec son incroyable « Mommy » fin 2014. Au passage, le film qui m’a inspiré ce blog, en fait. Il participe à une conférence de presse pour présenter la nouvelle initiative « Be True To Your Pleasure » sur la plage Magnum Cannes : une compétition de court-métrages dont il est le parrain, censée soutenir et conseiller la jeune génération de réalisateurs, qui sera lancée à la rentrée prochaine. La moitié des journalistes présent semble avoir Dolan dans la peau, et, évidemment, s’interroge sur ses futurs projets –  « Préférez-vous remettre la Palme ou la recevoir » ? Hélas Dolan préfère esquiver le sujet et recentrer le débat. La compétition de films, donc. Ah, plus de question ? Tant pis, il fait chaud et tout le monde a envie de déguster une délicieuse glace nappée de chocolat à la demande et agrémentée de fleur de sel, pétales de roses, éclats de cookie ou que sais-je d’autre qui me ferait les yeux doux.

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Plage Magnum Cannes

Je termine la journée avec l’étrange « Panama » projeté Salle du Soixantième, en Séance Spéciale. Le premier long-métrage du serbe Pavle Vuckovic.

Le réalisateur, ex-lauréat de la Cinéfondation (une compétition de courts-métrages réservées aux jeunes cinéastes), porte un projet particulièrement audacieux bien qu’inabouti selon moi. Humblement, « Panama » redonne du souffle aux histoires d’amour de jeunesse, traitant le sujet avec un angle nouveau.

Jovan veut une relation libre avec Maja. Il tombe amoureux et se persuade qu’elle lui cache quelque chose. « Panama » se présente comme une sorte d’ovni mi teen movie-mi thriller, où le jeune séducteur invétéré tombe amoureux pour la toute première fois d’une belle et mystérieuse jeune fille. Le film se démarque aussi bien par sa forme que par son contenu, dé-ringardisant un sujet, au départ, un peu pauvre. Il se nourrit ainsi de la personnalité très caricaturale de ses personnages, pour poser les bases de son intrigue, et ainsi donner corps à l’histoire. La fête, le sexe, Facebook : la première séquence ne s’embarrasse pas de dialogues inutiles et se sert de la force des images pour brosser le portrait rapide de ses protagonistes. Le réalisateur va même jusqu’à ridiculiser ces ados un peu grande gueule, qui se comparent humblement à Rocco Siffredi mais vivent encore chez leur maman … Bref, une jeunesse en pleine émancipation qui défie la vie sans la connaître.

Le film confronte ainsi les jeunes à leurs contradictions, et se moque de leur naïveté parfois déconcertante. Un peu à l’image de Jovan qui prône une relation libre, mais ne supporte pas d’imaginer Maja avec un autre. Les désirs et les réalités s’affrontent, se combattent, et donnent naissance à de nouvelles émotions. « Panama » raconte la naissance des sentiments et les relations de couple à l’épreuve du 2.0.

Le film choisit l’impertinence, pour coller à la personnalité débridée de la jeunesse dont il parle. Avec sa caméra, Vuckovic capte le sentiment amoureux, qu’il transforme en véritable parcours du combattant. C’est là l’idée nouvelle : faire passer l’amour pour une drogue, qui démultiplie le manque et la paranoïa; et rendent Jovan complètement fou … de jalousie. « Panama » prend ainsi une tournure inattendue, empruntant les codes du thriller : scènes graves, musique lourde, berline aux vitres teintées et adresses mystérieuses, le tout à grand renfort de ralentis. Jovan se lance ainsi dans une étrange chasse au secret résolument ancrée dans l’ère digitale, où Facebook devient le point de départ d’un jeu de piste grandeur nature à travers Belgrade. Le film passe en revue toutes les tendances phares du moment, du selfie à la sextape, donnant une temporalité forte à l’histoire. Dommage que le scénario ne tienne pas la longueur, menant le spectateur on ne sait trop où, à la recherche d’on ne sait trop quoi (finalement). Les éléments d’une bonne intrigue sont bien présents, malheureusement Vuckovic donne l’impression de ne savoir qu’en faire ni comment leur donner du sens dans son histoire. « Le film invite à la projection personnelle de chacun« , explique-t-il. Un peu facile de nous laisser nous débrouiller avec notre imaginaire pour dépatouiller une intrigue vue à travers le regard unique du héros. Finalement, c’est plutôt brillant, mais carrément frustrant.

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