Cannes 2015

Cannes, jour 3 : Monter les marches et voir Mon Roi de Maïwenn

Ce matin, je n’ai qu’une obsession : voir le dernier Maïwenn, en reprise le soir-même au Grand Théâtre Lumière. Celui-ci, je l’attends avec impatience depuis que je suis tombée sous le charme de la réalisatrice sans doute la plus fantasque du cinéma français avec le mordant « Bal des actrices ».

Le seul autre film que je ne veux absolument pas louper est à 19h, il s’agit du nouveau Samuel Benchetrit avec Isabelle Huppert et Valeria Bruni-Tedeschi. Je suis donc prête à ne rien voir de la journée pourvu que je me procure le fameux sésame : une invitation. Il est encore tôt et les quêteurs ne sont pas encore en chasse. Je respire un bon coup et je m’y colle. J’ai l’impression d’abandonner toute dignité. Le calvaire dure 2h, une éternité où j’ai la désagréable sensation d’être devenue transparente aux yeux des professionnels, qui sortent du Palais des festivals sans même un regard de compassion.

Paradoxalement je suis pourtant vue et bien visible … par les touristes et badauds, qui me scrutent comme un objet de curiosité, sorte de folklore cannois.

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La pancarte de la gloire

Après quelques photos souvenirs pour de sympathiques japonais et une interview dans un anglais très approximatif pour la télévision lituanienne, le Graal arrive enfin. Mon ange gardien s’appelle François Gérard : « je vous donne la place, mais vous y allez, hein ?« 

MAIS TU PLAISANTES J’ESPÈRE.

La journée s’annonce au beau fixe à tous les étages. C’est déjà le début d’après-midi et une projection est inenvisageable avant « Asphalte » car il se murmure que le film est très attendu. Je prévoie donc d’y aller très en avance. La chaleur aujourd’hui est insoutenable et j’ai déjà trois superbes coups de soleil qui me démangent terriblement. Je tue le temps à l’ombre du JW Marriott, où je croise Emmanuelle Bercot et Yolande Moreau, entre deux joueurs de foot et une starlette de télé-réalité dont j’ignore le nom. C’est fou quand même : nous sommes en plein coeur du festival de cinéma le plus important du monde, pourtant personne ne reconnaît les deux actrices, dont l’une a quand même fait l’ouverture de Cannes avec « La tête haute ». Bref, Yolande est rassurée de savoir que je l’ai reconnue, et me gratifie d’un sourire gêné tandis que le journaliste de BFMTV qui l’accompagne fait des selfies avec les groupies qui l’entoure.

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Coucou Yolande Moreau

L’heure tourne et me voilà devant la Salle du Soixantième pour découvrir « Asphalte », des chroniques belles et absurdes signées Benchetrit. Les portes ont ouvert il y a seulement 10mn mais la file d’attente s’allonge déjà à vue d’oeil. Le temps passe plutôt vite et les gens commencent à rentrer. C’est pratiquement mon tour : on nous annonce qu’il ne reste qu’une dizaine de places. Soudain surgissent face à moi Isabelle Huppert et Valeria Bruni-Tedeschi, qui s’engouffrent en courant dans la salle. Le film va commencer, Thierry Frémaux est déjà prêt à prononcer son discours. J’y crois : dans quelques instants le cordon de sécurité sera levé … ce sera mon tour de rentrer. Ne pas toujours prendre ses désirs pour des réalités : une nuée de professionnels se précipitent vers la salle, anéantissant tout espoir. L’espace d’un instant, je ne sais plus ni réfléchir ni penser. Je textote ma déception à mon homme, qui me répond « c’est qui Bruni truc ? ». OK D’ACCORD.

Heureusement, Cannes est plein de cinéphiles qui partagent ma frustration; ou qui, au moins, connaissent Yolande Moreau et Valeria Bruni-Tedeschi. Dans la file d’attente pour la projection de « Mon Roi », on parle des heures des pépites qu’on a vu et qu’on a aimé. Une dame me dit que j’ai le regard d’Audrey Tautou. Celle-ci, je l’adore déjà.

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La montée des marches

(Je ne suis pas certaine qu’elle apprécie de retrouver sa photo ici mais il manquerait quelque chose si je nous séparais.) Nous voilà dans le Grand Théâtre Lumière, où j’avais vu « Serbis » (Brillante Mendoza) il y a 7 ans déjà.

Ce soir, Maïwenn nous a offert un immense spectacle. Le couple Vincent Cassel / Emmanuelle Bercot est électrisant. Pour une fois, la réalisatrice est aussi spectatrice. Contrairement à « Polisse » ou « Le bal des actrices », Maïwenn réussit à capter le lâcher prise de ses personnages, sans troubler l’histoire d’un entre-deux à la limite de la fiction et de la réalité. Elle crée un vrai couple de cinéma, symbole de l’amour fou et destructeur. « Mon Roi » ne cherche ni à expliquer ni à comprendre : l’amour a ses raisons que la raison ignore …  Ainsi, Maïwenn ne fait qu’attraper des émotions au vol, pour les figer, dans ce qu’elles ont de plus beaux : leur spontanéité.

Je suis convaincue, mais j’ai l’impression que le film est incomplet. Les dialogues sont terriblement drôles, mêlés d’un cynisme séduisant; pourtant, je ne retrouve pas la légèreté apparente d’un Maïwenn. En fait, on dirait un travail de bon élève : tout en justesse. A vouloir réaliser un film « mature », Maïwenn a oublié l’essentiel : le supplément d’âme.

Quoiqu’il en soit la liesse est générale : plus de 10 minutes d’ovation ininterrompue remue la salle d’une atmosphère aussi électrique que le film. Magique …

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Maïwenn & Vincent Cassel

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