Cannes 2015/Cinéma vérité

En bref : LA TÊTE HAUTE d’Emmanuelle Bercot

NOTE 3,5/5

Le parcours éducatif de Malony, de six à dix-huit ans, qu’une juge des enfants et un éducateur tentent inlassablement de sauver.

« La tête haute » ne regarde pas avec hauteur, mais à hauteur d’enfant. Emmanuelle Bercot s’immisce avec pudeur et bienveillance dans le quotidien d’un jeune délinquant. Paradoxalement, la violence est livrée avec douceur, jusqu’à devenir – parfois – poétique dans les yeux de la réalisatrice. Pas question toutefois d’en faire l’apologie, ni même de trouver des excuses qui n’existent pas. Le film évite les généralités et se concentre sur l’essentiel : ce qu’on ne prend jamais le temps de regarder. D’ailleurs, nous ne sommes pas au cœur des cités, mais dans celui de Malony. Le garçon est omniprésent, magnétique, électrique, prisonnier – en quelque sorte – des quatre bords du cadre. Le seul, semble-t-il, capable de le contenir. Le film s’intéresse ainsi à la psychologie du jeune homme, perdu derrière la solitude qu’il promène.

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« Il faut prendre les mains que l’on te tend, Malony« . « La tête haute » émeut par son sujet sensible et délicat. Aussi parce que Rod Paradot – qui campe Malony – y est éclatant. Son jeu n’est pas sans rappeler celui d’Antoine Olivier Pilon dans « Mommy » (Xavier Dolan). Une colère permanente, contenue et chaque seconde prête à exploser. Derrière le masque de la provocation, une déclaration d’amour maladroite. Car les mots doux se méritent, à l’instar du « je t’aime », émouvant et pourtant nerveusement drôle, avoué comme un cheveux sur la soupe à son éducateur (Benoît Magimel). Pour ces gamins, les choses simples deviennent compliquées. Inutile cependant de refaire l’histoire : ceux-là traînent toujours des histoires familiales chaotiques. Un manque de repère et une immaturité qui reflètent la confiance qu’ils recherchent. C’est pourquoi les relations avec sa juge (Catherine Deneuve) semblent si maternelles. L’incarnation de l’autorité, de la fermeté sans concession; une figure stable et rassurante – ce que n’est pas sa mère (Sara Forestier, touchante en mère découragée). On y retrouve un peu de « Jack » (Edward Berger), portrait stéréotypé du « mal aimer ».

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Le système judiciaire éprouve beaucoup de complaisance envers ces jeunes, qu’ils suivent parfois pendant de longues années. Le film décrit cette difficulté à choisir la sanction, supplantée par le désir ardent de faire s’élever cet esprit renfrogné. En fait-il trop ? Parmi les « petites frappes », Malony passe pour le bon élève. Quitte, quelquefois, à le traiter avec trop d’indulgence. Néanmoins, la grande qualité du film est de réussir à restaurer le climat d’enfermement et d’impasse, le découragement et le manque de confiance en soi du personnage, sans jamais montrer ses actes. Parce que nous n’avons pas besoin de le voir tel qu’il se montre, mais tel qu’il est vraiment : un gosse doué de sentiments, noyé de doutes et rempli de bonne volonté.

Emmanuelle Bercot fait donc un film d’espoir, lorsque tous les regards voient déjà survenir la fatalité. Peut-on sauver ceux qui n’ont connu que l’échec ? Elle offre en tout cas à Malony une porte de sortie aussi sublime que crédible. L’air de rien, le film est une sacré claque. Mais on en ressort la tête haute.

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