En bref/Ovni cinématographique

En bref : NATÜR THERAPY d’Ole Giæver

NOTE 2/5

Chaque fin de semaine après le travail, Martin a le choix entre sortir avec ses amis ou retrouver sa femme et son fils. Son quotidien l’ennuie, il a besoin de liberté. Il décide alors de partir seul en randonnée à travers les grands espaces norvégiens pour s’échapper et se ressourcer le temps d’un weekend …

Il y a toujours un peu de narcissisme artistique dans le fait de jouer le protagoniste de son propre film. Un côté schizophrénique qui mène à  un moment de confusion évidente pour le spectateur comme pour le cinéaste, aux frontières entre la réalité et le réalisme. Les mêmes qui existent entre le narrateur et l’écrivain. C’est le choix d’Ole Giæver, dont la quête existentielle n’est pas sans me rappeler celle du très bon mais néanmoins égocentrique « Nasty Baby » de Sebastián Silva – découvert au Champs-Elysées Film Festival.

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Après la « Snow therapy » plutôt acide du suédois Ruben Östlund, le norvégien Giæver nous propose le bizarre portrait de Martin, à la recherche de lui-même par la voie de la nature. « Le seul endroit où il est impossible de se cacher, et donc, idéal pour se confronter à soi-même« , explique le cinéaste. « Natür therapy » met ainsi en scène un héros ordinaire, qui, comme tant d’autres, cache derrière les apparences d’une vie réussie (bon travail, mari et père …) les failles d’un homme en fait impuissant. Une impuissance à tous les niveaux, dans ses relations sociales, ses obligations familiales, dans sa sexualité (paradoxalement, il se révèle même incapable de tromper sa femme, tandis qu’il hésite à la quitter), dans ses décisions … et même face à la nature, plus forte que lui. Plus imprévisible.

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Ici, le silence est guérisseur. A l’écran, l’immensité des montagne témoigne de la petitesse de l’homme par rapport à la Terre. Les plans semblent d’une géométrie presque parfaite, jouant sur les reliefs du paysage pour structurer le cadre. L’utilisation d’une voix off pour retranscrire les pensées de Martin est donc pertinente d’un point de vue cinématographique. C’est d’ailleurs très intéressant, car « Natür therapy » n’utilise pas ce procédé pour créer de la distanciation, mais au contraire favoriser la proximité avec le personnage. Mais problème : impossible pour moi de me lier à lui, dont les préoccupations restent particulièrement terre-à-terre et sans réelle réflexion. Le spectateur reste tristement à hauteur de simple témoin dans la fuite en avant du héros, sans jamais en être le complice. A l’arrivée, une désagréable impression de longueur en dépit d’un appel à la liberté.

Que reste-t-il finalement de cette introspection salvatrice ? Peu de choses semble-t-il. Je m’étonne que le réalisateur persiste jusqu’au bout, ne permettant jamais au spectateur d’imaginer à la place du héros. Après tout, nous sommes restés assez longtemps dans sa tête pour le cerner … ! Véritablement, le film aurait mérité d’avoir une fin plus ouverte (la montagne et la ville en champ-contre-champ, par exemple) : cela lui aurait donné une dimension plus universelle certainement, à laquelle le public aurait pu s’identifier. Là, le goût amer d’une banale parenthèse, à la place des grands changements promis …

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