En bref/Ovni cinématographique

En bref : ASPHALTE de Samuel Benchetrit

NOTE 5/5

SORTIE EN SALLES LE 7 OCTOBRE 2015

Un immeuble dans une cité. Un ascenseur en panne. Trois rencontres. Six personnages. Sternkowtiz quittera-t-il son fauteuil pour trouver l’amour d’une infirmière de nuit ? Charly, l’ado délaissé, réussira-t-il à faire décrocher un rôle à Jeanne Meyer, actrice des années 80 ? Et qu’arrivera-t-il à John McKenzie, astronaute tombé du ciel et recueilli par Madame Hamida ?

« Asphalte » est ce genre de film difficile à résumer, voire indescriptible. Sa beauté repose sur l’absurde, sur l’idée même qu’il pourrait ne pas y avoir d’idée du tout. Celui dont on conseille vivement de ne pas descendre avant l’arrêt complet du train. Parce que les wagons imaginaires de Samuel Benchetrit valent tous les voyages du monde.

Samuel Benchetrit présente « Asphalte », accompagné de Tassadit Mandi (Mme Hamida), Gustave Kervern (Sterkowitz) & Jules Benchetrit (Charly) au Champs-Elysées Film Festival 2015

Il réalise une sorte de film chorale, comme il a pu le faire auparavant pour « J’ai toujours rêvé d’être un gangster » en 2008 : c’est-à-dire une oeuvre kaléidoscopique, presque stratosphérique, tellement la réalité se déforme au contact du cinéaste. On y croise ici des gens humbles autour d’histoires banales. Mais qui, vus à travers le prisme de la caméra,  passent de l’insignifiance à un état quasi épique.

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« Asphalte » est avant tout une histoire de rencontres. Improbables ou cocasses, le plus souvent. Et qui deviennent, avec une révoltante simplicité, de vrais sujets de cinéma. Benchetrit filme la cité sans violence, et avec poésie. Il n’oublie pas de raviver quelques clichés, comme pour se moquer gentiment, et, dans le même temps, offrir à cette barre d’immeuble moche et délabrée toute la luminosité que ses habitants méritent. L’une des scènes sans doute les plus emblématiques selon moi, résume à elle seule toute la tendresse fantaisiste qui enveloppe le film : celle où deux ados fument un joint sur le toit de l’immeuble, et qui voient soudain atterrir sous leurs yeux rougis la capsule d’un astronaute (joué par Michael Pitt). Hallucinante vérité ou fable absurde ? Qu’importe, puisque la magie opère.

D’un quotidien presque dramatique, Benchetrit n’était pas loin d’en faire une farce pathétique, à l’image d’un Gustave Kervern obligé d’emprunter l’ascenseur la nuit, en cachette, parce qu’il a refusé de payer les travaux de réparation, ou encore de cette actrice si célèbre (Isabelle Huppert) que tout le monde a oublié.

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Pourtant, il parvient avec habileté à faire émerger du béton une forme de « sublimation de la vie ordinaire ». La part d’ubuesque qu’il infuse dans son film puise dans le banal, sans chercher ni la trivialité ni l’excès. De véritables « moments de grâce » offerts à ses personnages, dans le fond tristes et esseulés, que le cinéaste s’évertue farouchement à rendre heureux. On pourrait reprocher à Benchetrit son trop plein de bienveillance : mais la temporalité d’ « Asphalte » est si anachronique que le spectateur a déjà quitté Terre.

Vu d’en haut, la planète « Asphalte » est un ovni à la fois simple, drôle et efficace. 1h53 de jouissance en apesanteur.

[Vu en AVP au Champs-Elysées Film Festival]

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