Cinéma vérité/En bref

En bref : UNE JEUNESSE ALLEMANDE de Jean-Gabriel Périot

NOTE 3/5

EN SALLES LE 14 OCTOBRE 2015

La Fraction Armée Rouge (RAF), organisation terroriste d’extrême gauche, également surnommée « la bande à Baader » ou « groupe Baader-Meinhof », opère en Allemagne dans les années 70. Ses membres, qui croient en la force de l’image, expriment pourtant d’abord leur militantisme dans des actions artistiques, médiatiques et cinématographiques. Mais devant l’échec de leur portée, ils se radicalisent dans une lutte armée, jusqu’à commettre des attentats meurtriers qui contribueront au climat de violence sociale et politique durant « les années de plomb ».

Jean-Gabriel Périot signe ici son premier long-métrage. Un film puzzle, entièrement reconstitué à partir d’images d’archives, chèrement dénichées dans les travaux personnels, notamment, des principales figures de la RAF (Andreas Baader, Ulrike Meinhof, Gudrun Ensslin, Holger Meins) : le seul groupe anarchiste ayant laissé autant de traces sur lui-même, filmées par lui-même. Pourquoi ce cinéaste, non Allemand, et issu de la génération suivante, s’acharne-t-il à reconstituer ce bout d’histoire auquel il n’appartient pas ? Pour ne pas oublier, déjà, mais surtout, par défi de curiosité, semble-t-il. C’est en s’abreuvant des documents de la période pré-RAF que Périot découvre avec stupeur que personne ne s’est véritablement préoccupé de savoir qui étaient ces agitateurs, abusivement appelés « terroristes ». Car dans l’imaginaire collectif – eu égard à la triste résonance actuelle – ce mot désigne forcément une violence aveugle et ignorante. Pourtant, le portrait de ces activistes prouve le contraire; ainsi « Une Jeunesse Allemande » fouille pour tenter de comprendre comment de jeunes intellectuels – influents – ont ainsi pu franchir cette ligne rouge du militantisme pacifique vers la lutte armée.

jeunesse-allemande

Ce que je trouve frappant ici, c’est cette façon humble de Périot d’avoir mis de la distance avec les documents d’archives qu’il montre. Les images sont ainsi montées brutes, sans commentaires, sans jugement de la part du réalisateur. Même la musique est absente, comme pour souligner la tragédie qui, de façon parfois anodine, est en train de se jouer sous nos yeux. Certes, le montage est en soi un parti-pris. Mais le réalisateur semble ne pas oser déposséder les auteurs de leurs œuvres, préférant les aligner pour en faire un récit, sans jamais chercher à se poser en éclaireur. Paradoxalement, quelle analyse proposer de cette révolte, sans en avoir vécu l’horreur ?

gudrununejeunesseallemande

Quelque part, il y a une forme de frustration qui se dégage d' »Une Jeunesse Allemande ». Celle, sans doute, de n’avoir pas pu tout montrer, ou, tout au moins, de n’avoir pas récupéré toutes les images de ce que l’on souhaiterait raconter. Manque alors, irrémédiablement, des pans entiers d’événements restés dans l’ombre. Comment expliquer par exemple le suicide, en prison, des quatre principaux membres de la RAF ? Reste qu’il s’agit là d’un travail minutieux réalisé à la force de la patience, à la fois cocasse, provocant, révoltant, bref : prenant !

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