Cannes 2015/En bref

En bref : NI LE CIEL NI LA TERRE de Clément Cogitore

NOTE 3/5

Afghanistan 2014. A l’approche du retrait des troupes, le capitaine Antarès Bonassieu et sa section sont affectés à une mission de contrôle et de surveillance dans une vallée reculée du Wakhan, frontalière du Pakistan. Malgré la détermination d’Antarès et de ses hommes, le contrôle de ce secteur supposé calme va progressivement leur échapper. Une nuit, des soldats se mettent à disparaître mystérieusement dans la vallée.

A l’Ouest, rien de nouveau. L’horizon reste désespérément vide, outre ces montagnes rocailleuses qui s’étendent à perte de vue. La menace est partout et nulle part, invisible, sournoisement tapie – et seul le petit berger, fidèle à ses traditions religieuses, ose encore s’y aventurer à découvert. Soudain, un soldat disparaît. Puis un autre. Et encore. Et avec eux, les certitudes. Dans ce décor monotone où les hommes craignent plus l’ennui que l’affrontement, le pragmatisme semble avoir déserté.

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Pourtant ici, la population ne paraît pas étonnée : la puissance de la foi est déjà pour eux une explication rationnelle. Car il s’agit d’une terre sacré avant d’être un terrain hostile. Ainsi, « Ni le ciel ni la terre » nous entraîne dans un long vertige vers le surnaturel, à la manière d’un « Valley of love » (Guillaume Nicloux) au cœur de la Vallée de la mort. D’une promesse de film de guerre, Clément Cogitore nous épargne la violence des combats pour ne focaliser plus que sur celle, intérieure, des soldats. Son long-métrage surprend parce qu’il propose une vision élevée du conflit, sans pour autant être naïve. Il rend à ces hommes, sur-entraînés et formés comme des machines, toute leur humanité. De l’opposition il fait émerger de la fraternité. De l’inquiétude, il fait naître la solidarité. Comme celle qui lie le temps d’une nuit les soldats français et les talibans, unis dans une peur commune de l’inconnu. Au fond, c’est du hors champ dont ces hommes paniquent.

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Le film nous entraîne ainsi dans une autre guerre : celle, aveuglante, des apparences; dans laquelle luttent vainement ces soldats. A la recherche d’une explication logique, leurs caméras thermiques et lunettes infrarouges ne font que renforcer l’obscure métaphysique des vallées, où les silhouettes humaines sont déformées en ombres fantasmagoriques. Jamais elles ne les protègent d’une moto fonçant dans la nuit ou de la fureur d’une chèvre derrière une porte. Et de confirmer ainsi que nos yeux ne peuvent pas tout voir. D’une situation qui appelle au rationnel, le réalisateur tente alors de faire accéder ses personnages à une forme de réalité chimérique par le rêve. Tous sont convaincus d’avoir vus les camarades dans une grotte. Y sont-ils ? Cogitore n’en dira rien, laissant au spectateur le choix d’y rejoindre le Capitaine Bonassieu – ou pas. Dans ce rôle, Jérémie Renier excelle. Kevin Azaïs, lui, donne de l’humanité à son personnage, mais ne semble pas totalement défait de son rôle dans « Les Combattants«  (Thomas Cailley) : c’est-à-dire celui du soldat fragile.

La seule vérité est que « Ni le ciel ni la terre » est avant tout un film d’images; à la fois physiques (celles du film) et projetées (dans l’imaginaire de chacun) pour tromper le regard du spectateur comme il berne celui de ses soldats. Hypnotique !

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