Cinéma vérité/En bref

En bref : L’ÉTAGE DU DESSOUS de Radu Muntean

NOTE 2/5

En rentrant chez lui, Pătrașcu perçoit derrière une porte au deuxième étage de son immeuble les bruits d’une violente dispute amoureuse. Quelques heures plus tard le corps d’une femme est découvert. Ses soupçons se portent sur Vali, le voisin du premier. Et pourtant Pătrașcu ne se rend pas à la police… même lorsque Vali commence à s’immiscer dans sa vie et dans sa famille.

Un témoin, un coupable présumé. Et le silence. Celui du doute, l’infime 1% d’incertitude qui pousse Patrascu au secret – tout comme celui de la famille, qui ne communique pas. C’est ainsi que Radu Muntean tente de faire grossir le mystère, prenant de l’ampleur à chaque minute du film. Construit à la manière d’un thriller, « L’étage du dessous » explore les questionnements existentiels d’un monsieur-tout-le-monde pris au piège d’une réalité qui le dépasse. Le comble ? Un manque délibéré de profondeur psychologique, tandis que le sujet même du film y fait appel. Alors, Patrascu fait figure de « coquille vide » dans cette curieuse intrigue en vase clos, auquel les spectateurs peuvent (ou doivent) s’identifier pour apporter l’épaisseur qui fait défaut. Au fond, un individu si banal qu’on aurait presque l’impression de l’avoir déjà croisé.

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Au-delà du trouble évident marqué par une activité plutôt opaque de Patrascu (qui gère vraisemblablement une société d’immatriculation) et la possibilité de croiser le tueur, cet immeuble n’a rien de bien inquiétant. On pourrait le croire inhabité; d’ailleurs, les rares voisins que l’on y croise discutent plus sur le ton de l’anecdote que sur celui du « drame à domicile ». A ce sujet, les rumeurs circulent : la victime prévoyait un voyage en Italie. Muntean sculpte ainsi son huis-clos avec rigueur, réduisant la focale au maximum autour des protagonistes.

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Cette volonté répétée de la part de l’accusé de se rapprocher de son témoin – jusqu’à lui demander une faveur – est naturellement intrigante. Et l’affrontement sourd qui en résulte crée de fait un malaise inconfortable; mais la pesanteur demeure toute relative. Hélas les tentatives d’intimidation de Vali semblent ne pas parvenir à s’affranchir d’une certaine forme de décence, alors même que tout l’appelle à perdre le contrôle. Ainsi, son rôle de voisin poli ne soutient pas les efforts de Muntean pour maintenir cette tension recherchée, finalement très évanescente.

Et vous, qu’auriez-vous fait à la place de Patrascu ? « L’étage du dessous » est appréciable parce qu’il a ce côté immersif, très intime, qui soulève nécessairement de nombreuses interrogations morales pour le spectateur … mais auxquelles il ne répond malheureusement pas, et, ainsi, désappointe par ce goût d’inachevé. Frustrant.

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