En bref

REGARDS DE RUSSIE : 13è Semaine du nouveau Cinéma Russe à Paris

Et si le dernier film russe que j’avais vu était « Le cuirassé Potemkine » de Sergueï Eisenstein ? J’ai beau réfléchir, je prends soudainement conscience de mon immense méconnaissance de ce cinéma venu de l’Est. C’est ainsi que je découvre, avec beaucoup de curiosité, le festival « Regards de Russie ». Ainsi du 11 au 17 novembre 2015, les cinémas parisiens L’Arlequin, le Reflet Médicis et le Majestic Passy offrent une programmation rafraîchissante, à travers un panorama éclectique qui mêle la tragi-comédie au drame ou au thriller. Un vent cinématographique unique, qui permet au public français de s’approprier des œuvres inédites qui, probablement, ne pourront jamais voir le jour de façon nationale sur nos écrans. Pourtant, les trois films que j’ai pu voir démontrent de la richesse artistique du pays, et de leur parfaite légitimité à habiter nos salles obscures.

JOUR 1 – INAUGURATION : « FIN D’UNE MAGNIFIQUE ÉPOQUE » de Stanislav Govoroukhine

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Synopsis : L’histoire d’une époque, où on créait malgré les interdictions, où on faisait l’amour, alors que le sexe n’existait pas et où on se battait pour être entendu, malgré le contrôle universel. Une époque, dont on craignait et attendait la fin… Une époque qui, malgré tout, était magnifique. Andreï Lentoulov, jeune journaliste et écrivain, connu pour la spontanéité et la liberté de ses opinions, pour son franc-parler, se voit proposer de déménager de Leningrad à Tallinn pour travailler au journal local. Là, Andreï cède à une aventure pleine de contradictions avec la rédactrice Marina, se lance dans d’innombrables liaisons sans lendemain, mais surtout livre une violente résistance au système. Comment le rebelle, le chéri des femmes et le « collaborateur le plus immoral » va-t-il lutter contre la pire des censures, la filature et la tartuferie, et qui sortira vainqueur de cette lutte contre le système ?

Govoroukhine se rappelle d’une époque faste, celle du dégel, « que seuls les russes qui l’ont connue peuvent comprendre« . « J’ai voulu raconter cette histoire, car elle semble l’exact reflet de la mienne« .  Pourtant, son film ne semble pas si inaccessible. On ne peut s’empêcher d’adhérer à cette ode à la liberté de penser, qui fait preuve d’un recul historique sans faille, et sacralise avec beaucoup d’humour toute l’absurdité de ces années-là. « Il y a de la vérité dans ce que je raconte« , dit-il, en référence à cette mission ahurissante où le journaliste est envoyé à la maternité pour trouver le « 400 000ème habitant de la ville », qui ne doit être ni juif, ni noir, ni de sexe féminin. Le cinéaste y pose un regard aimant, bien que lucide, et nous emporte avec lui dans la quête frondeuse de cet intellectuel séducteur.

JOUR 2 : « LA PROF » d’Alexeï A. Petroukhine

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SynopsisPoussée à bout, une prof d’histoire prend toute une classe en otage. Mais bientôt la situation change radicalement et c’est la prof qui est prise en otage… Alors qu’un dénouement s’annonce, les forces spéciales entrent en jeu. Il ne reste donc que quelques minutes aux élèves de cette classe pour recevoir la leçon la plus précieuse de leur vie …

Un film glaçant, dont le sentiment d’oppression martelé dès le début ne vous lâche jamais. Il y a la musique d’abord, étourdissante, associée à cette caméra subjective, telle une ombre qui plane. Le fond de l’histoire – qui rappelle « La journée de la jupe » de Jean-Paul Lilienfeld et avec Isabelle Adjani revendique une éblouissante leçon de vie. Car il ne s’agit pas d’un acte de folie, comme une partie du film nous le laisse croire, mais au contraire d’un acte délibéré dans l’espoir de faire émerger par la peur « l’intelligence ». La force du film est ainsi de parvenir à maintenir une forme de tension tout en y injectant de l’humour, via des personnages caricaturés et cependant attachants. Dommage que l’ensemble ne s’en tienne pas à cette belle morale, au regard de la dernière séquence, hors-sujet et d’un registre beaucoup trop sentimental pour conclure ce thriller brillant.

JOUR 3 : « 14+ » d’Andreï Zaïtsev

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SynopsisHistoire moderne de Roméo et Juliette. Les deux adolescents vivent dans les réseaux sociaux et dans la rue qui leur dicte des codes implacables que les amoureux refusent suivre. Il leur faudra surmonter beaucoup d’obstacles pour être ensemble. Leurs écoles respectives se sont déclarées la guerre, si bien que l’amour des deux personnages est considéré comme une trahison de leurs quartiers et de leurs groupes de copains. Ils se heurteront également à l’indisposition de leurs parents à admettre qu’un adolescent puisse faire son propre choix. Le véritable amour peut vaincre tout : les complexes, la peur d’être rejeté…

J’ai moins vu ici un couple de Roméo et Juliette que celui de « Panama » de Pavle Vuckovic, et découvert en mai dernier à Cannes. Malgré la différence d’âge des personnages, nous avons ici affaire au même thème du premier amour, de ce qui nous rassemble et ce qui nous sépare. Un film naturellement plus pudique que le premier, l’âge des protagonistes oblige, mais traité avec une douce indulgence. Le côté encore immature de ces adolescents ajoute à la sympathie que nous avons à leur égard, et sur lequel le réalisateur s’appuie beaucoup – notamment lorsque ce petit groupe se confronte avec confiance « aux caïds du quartier » ou lorsqu’ils font leurs premiers pas, timides, dans la cour des filles. Plein de délicatesse.

En raison des événements du 13 novembre 2015, certaines séances ont été annulées. Tous le programme sur http://www.cinema-russe-paris.com

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