Ovni cinématographique

LA CHAMBRE INTERDITE de Guy Maddin

NOTE 2/5

SORTIE EN SALLES LE 16 DÉCEMBRE 2015

Guy Maddin est certainement l’un des réalisateurs les plus barrés de sa génération, créant avec « La chambre interdite » l’une des plus improbables expériences cinématographiques de tous les temps. Mais comment lui reprocher ? L’intention était si belle … Celle, incongrue mais passionnée, de redonner vie aux films perdus, oubliés, imaginés par les maîtres Hitchcock, Lubitsch, Ozu ou encore Stroheim.

C’est ainsi que ses acteurs se sont livrés, pour chaque tournage, à une séance de spiritisme pour invoquer l’esprit de ces films. Une plongée résolument surnaturelle, portée par des spectres cinématographiques on ne peut plus vivants. C’est sans doute pour cette raison d’ailleurs que son casting de rêve (dont Mathieu Amalric, Charlotte Rampling, Adèle Haenel, Slimane Dazi, Maria de Medeiros, Ariane Labed…) semble alors jouer de façon étrange, comme littéralement possédé par l’histoire, plus convaincus encore que leurs personnages eux-mêmes des situations invraisemblables mises en scènes. D’un buste de Janus schizophrène à la vie d’une moustache, le film fouille de façon incroyable au plus profond de l’imaginaire.

lachambreinterditeAmalricLabed

Et pour cause ! Dans le sous-marin SS Plunger, l’oxygène se fait rare. Le compte à rebours vers une mort certaine est enclenché. L’équipage cherche en vain le capitaine, le seul capable de les sauver. Soudain, un bûcheron perdu arrive parmi eux et leur raconte comment il a échappé à un redoutable clan d’hommes des cavernes. Margot, sa bien-aimée, à été enlevée par ces hommes féroces, et il est prêt à tout pour la sortir de là. Débute alors un tour du monde des paysages oniriques, dans un tourbillon d’aventures peuplées de femmes fatales, de fous à lier et d’amoureux transis.

Certes, la multitude d’histoires dans l’histoire nous fait irrémédiablement perdre le fil. Mais justement, rien n’est plus appréciable dans « La chambre interdite » que son étonnante capacité à déjouer tous les codes du cinéma « normal », pour parvenir à une forme de quintessence émotionnelle. Le film pourrait alors s’apparenter, en quelque sorte, à un numéro d’hypnose capable de mener le spectateur dans une surprenante transe cinématographique. Un relâchement du corps et de l’esprit le plus total, pour ne plus se laisser guider que par l’onirisme et l’abstraction. De ce point de vue, il est clair qu’il est plus que nécessaire de s’abandonner littéralement au cinéaste. Car sinon, hélas, vous risquez de trouver le temps bien long. La preuve, j’ai moi-même dû le regarder deux fois pour le comprendre, et, enfin, me laisser happer par la magie du film, sans chercher à tout prix un sens au récit; tout simplement parce qu’il n’existe pas. C’est ainsi : « La chambre interdite » est effectivement un film paradoxal, et, de prime abord, difficilement accessible. Pourtant, quel autre conseil puis-je vous donner, sinon de persévérer : vous vous rendrez vite compte qu’il n’est pas si hermétique.

LaChambreinterdite

Je note donc 2/5 parce qu’il reste, malgré tout ses efforts, à destination d’un public averti. Mais il est aussi intéressant de noter qu’aussi difficile soit-il à comprendre, il est aussi difficile à oublier. Comme si, non content de jouer avec les souvenirs de ses personnages, Maddin parvenait à jouer avec nos propres souvenirs. Rares sont les films qui osent s’affranchir à ce point du public, avec pour seule volonté de repousser les limites créatives.

Le film, qui rappelle le cinéma expressionniste, opère ainsi un retour en arrière, mêlant une évidente fascination pour le cinéma muet – que l’on retrouve dans la gestuelle carrément surjouée et les intertitres – à une obsession de l’image, faite de couleurs saturées à l’effet vieilli et de surimpressions grossières façon « L’aurore » de Murneau, dont l’homme, envoûté par la vamp, songe à assassiner sa femme.

Egalement, l’ambiance oppressante de « La chambre interdite » réveille une forme de folie lancinante, à la manière d’un Nicholson perdu dans un hôtel hanté. Le spectateur, comme les personnages, entend des voix, a des visions. Des frissons, aussi. Puis, définitivement, perd le contrôle. Comme dirait Magritte : ceci n’est pas un film. Hallucinogène !

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