Cinéma vérité/En bref

En bref : HECTOR de Jake Gavin

NOTE 3,5/5

SORTIE EN SALLES LE 30 DÉCEMBRE 2015

Depuis des années, Hector vit sur les routes. C’est bientôt Noël, et, comme chaque année, il se prépare à rallier Londres depuis l’Ecosse, pour rejoindre un refuge temporaire, mis en place pour les fêtes. Une occasion unique de retrouver « sa nouvelle famille », celle qui le comprend et lui apporte chaleur et amitié. Après des examens médicaux, Hector retrouve peu à peu le besoin de retrouver sa « vraie » famille, qu’il a perdu de vue depuis 15 ans.

Peu importe où nous sommes : Hector est notre boussole. Notre repère ; que l’on prend un infini plaisir à suivre, de routes en routes, aveuglément. Dès les premières minutes, Jake Gavin nous cueille, sans résistance, dans ce charmant road movie aux airs de déjà vu. Comme si, au fond, le personnage d’Hector nous était familier. Il faut dire que Peter Mullan, avec sa barbe et sa démarche débonnaire, ressemble à s’y méprendre à ce papy si tendre qu’on a farouchement l’envie d’aimer. Facile, alors, de nous laisser prendre aux tripes par ce « voyage existentiel » sur les routes britanniques, à la fois sans surprise, certes, mais profondément délicieux.

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En dépit des incertitudes du voyage, le spectateur demeure cependant assez conscient de la « linéarité » du scénario, qui ne dépasse, lui, jamais du sentier balisé. Étrangement, ce n’est pas un problème ici. On est toujours ému d’une belle rencontre, d’une geste anecdotique – à l’image de cet employé de la voirie qui offre un banal gilet de chantier, reçu comme une bénédiction en plein cœur de l’hiver. Sans doute parce qu’Hector possède ce petit supplément d’âme, ce quelque chose d’absolument sympathique, sans être extraordinaire. Une sorte de super-héros de la vie, donc, qui contrebalance une situation a priori dramatique (la rue, l’errance …).

Jake Gavin fait le choix d’un personnage affranchi, avec cette volonté de ne jamais être dans la complainte; évacuant ainsi tout effet de lourdeur. D’ailleurs, « Hector » se révèle bien moins triste et introspectif qu’il n’en a l’air. Derrière son apparente vie de solitaire, Hector n’est jamais seul : toujours entouré, protégé, soutenu … voire, aimé. Certainement aussi grâce à Peter Mullan, qui assume pleinement son rôle et, de fait, contribue à le rendre à la fois sincère et quasiment « solaire », rayonnant avec force sur le film.

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Dès lors il devient alors impossible pour le spectateur d’éprouver de la pitié pour ce sans-abri, mais à l’inverse une certaine forme d’admiration pour son courage. Hector est un homme digne, en quête de reconnaissance mais pas de compassion. Ce qui donne lieu à de jolis moments de cinéma, notamment lorsque son frère lui exprime sa tristesse de le voir tombé si bas, et qu’il lui rétorque « que sa vie d’éboueur n’est pas tellement plus enviable ». Finalement, on n’aurait presque pas besoin de connaître les raisons de sa déchéance, qui démystifient ce personnage un peu romanesque et lui rendent soudain toute son humanité.

« Hector » me rappelle par certains aspects « Une histoire vraie » de David Lynch, qui mettait en scène un vieil homme parti retrouver son frère malade en chevauchant une tondeuse. L’innocence en plus d’un premier film. Preuve que le cinéma naturaliste peut encore nous faire frissonner.

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