En bref/Ovni cinématographique

En bref : TANGERINE de Sean Baker

NOTE 4/5

SORTIE EN SALLES LE 30 DÉCEMBRE 2015

Sin-Dee Rella est une prostituée transsexuelle qui sort de prison la veille de Noël. Elle retrouve son amie Alexandra, qui lui révèle que son petit ami l’a trompée. Une histoire de Cendrillon des temps modernes, qui part alors en quête de sa rivale, dans les coins mal famés de Los Angeles.

Dans le Los Angeles de Sean Baker, pas de voitures rutilantes ou de belles plages. Ici, le béton a remplacé le sable. La cité des anges prend ainsi des allures de western, terrain de chasse et d’affrontement privilégié où les clients rôdent en quête d’une jolie créature et où les ennemis règlent leurs comptes.

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« Tangerine » n’est un film moderne parce qu’il choisit des héroïnes transsexuelles; mais parce qu’il propose une réflexion plus profonde sur la distinction entre la femme et la féminité. Car la féminité s’apparente ici plus à une certaine forme d’attitude et de coquetterie, que chacun peut librement s’approprier. Un état d’esprit plutôt qu’une nature. Moderne, surtout parce qu’il a la décence (ou l’intelligence) de ne pas faire de la transsexualité l’événement majeur d’un scénario sinon racoleur. Il n’est pas question de juger un mode de vie ou une identité. Sean Baker laisse ainsi tout le débat à Caitlyn Jenner, sont but n’étant pas de faire avancer leur cause mais, au contraire, d’en faire des « filles normales » (certes prostituées, mais passons), vivant des mésaventures ordinaires. Alors ces filles-là ont peut-être été conçues au masculin, mais dégagent une aura spectaculaire. Elles incarnent une féminité exacerbée, exagérée, plus revendiquée encore que la femme née femme, traînée par les cheveux dans les rues de LA. Une façon, sans doute, de signifier leur existence, mi-homme mi-femme, mais définitivement humaines.

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L’esthétique du film est d’une fraîcheur hors-norme, et renforce encore cette idée d’émancipation, dans la retranscription d’un Los Angeles presque surréaliste. Filmé avec un iPhone 5S (au départ pour des raisons budgétaires), et agrémenté de quelques filtres pop, « Tangerine » entre en résonance avec la génération Instagram, conférant un côté sublime à l’histoire, finalement symptomatique d’une époque résolument tournée vers elle-même, égocentrique. Bien qu’anamorphosé, et donc parfois imperceptible, le procédé de captation s’avère de fait plus immersif et souple qu’un format cinématographique « classique », capable de transmettre beaucoup mieux cette impression de connivence et avec, la spontanéité et la fureur des personnages. Cependant, le cadre contient mal cette hystérie permanente, qui éclate dès les premières minutes et ne s’éteint jamais. La faute à des plans toujours serrés, qui ne laissent pas la place aux personnages pour s’exprimer. Le spectateur suit alors le parcours furieux et convergent de Sin-Dee, d’Alexandra et de Razmik, le taxi arménien aux penchants inavoués, soudain réunis dans un restaurant de donuts,  théâtre miteux de leur explosion colérique.

Définitivement, ce n’est donc pas de singularité dont parle « Tangerine », mais de banalité. D’ailleurs, il ne s’agit pas de faire un film sur la prostitution, ni sur le transgenre, ni même sur l’homosexualité, mais d’une histoire d’amour et d’amitié, de confiance et de trahison. Au fond, « Tangerine » ne réinvente rien, mais captive par sa capacité à rendre vivace, nerveuse, puissante, une histoire vieille comme le monde. Son plus gros défaut ne serait-il donc pas de vouloir être presque trop « normal » ?

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