Cinéma vérité/En bref

En bref : CE SENTIMENT DE L’ÉTÉ de Mikhaël Hers

NOTE 2,5/5

SORTIE EN SALLES LE 17 FÉVRIER 2016

Au milieu de l’été, Sasha, 30 ans, décède soudainement. Alors qu’ils se connaissent peu, son compagnon Lawrence et sa sœur Zoé se rapprochent. Ils partagent comme ils peuvent la peine et le poids de l’absence, entre Berlin, Paris et New York. Trois étés, trois villes, le temps de leur retour à la lumière, portés par le souvenir de celle qu’ils ont aimée.

Berlin. Les corps endormis sont dénudés, enlacés, illuminés par les rayons du soleil. La scène est pareille à une photographie : esthétique. C’est d’ailleurs de l’art que vit Sasha, sérigraphiste. Il y a le jaune de la chambre, le bleu de la peinture à l’atelier, le vert du parc. Partout, les couleurs de l’été sont éclatantes, chatoyantes, resplendissantes. Et soudain, dans la fulgurance de l’insouciance, Sasha est de nouveau allongée. Elle a cessé d’être.

Qu’importe les circonstances, puisque la fin est toujours tragique. Mikhaël Hers s’efforce alors de remettre « ceux qui restent » au centre de l’attention : il y a les parents d’abord, puis Zoé – la sœur – et enfin Lawrence – le conjoint. Et se focalise sur leur délicate mais nécessaire reconstruction.

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Comment fait-on pour surmonter son deuil ? Est-ce d’ailleurs possible ? Le cinéaste soulève, avec pudeur, les évidentes questions qui s’imposent et se posent sans forcément chercher à y répondre, mais en observant, avec recul, la renaissance de la « vie normale ». Ce qui, inévitablement, passe par l’errance, la perdition, le silence, le souvenir … Comme si le réalisateur posait là sa caméra, puis s’éclipsait, par égard, pour laisser aux spectateurs le choix d’accepter ou de refuser de voir le malaise, le pénible, cette sorte d’anesthésie du cœur, dans une forme de contemplation indiscrète et néanmoins respectueuse.

« Ce sentiment de l’été » est un film ambivalent. D’abord parce qu’il s’attache à montrer la troublante et paradoxale « simplicité de la difficulté ». Et la manière ultra contenue – presque refoulée – des personnages à faire face à leurs émotions. Si bien qu’étrangement, leur révolte est palpable sans être furieuse, leur cri est audible tout en restant étouffé. Sans doute parce qu’il ne s’agissait pas d’en faire un film « tire-larme », et parce que la reconquête de soi doit primer sur la résignation. En cela, le résultat est effectivement réussi.

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Pourtant le film est aussi source de frustration. Déjà parce que le mutisme que le scénario impose aux personnages nous coupe d’une certaine partie de l’histoire : celle de leur cheminement intérieur, du deuil vers la rémission. A tel point gênant que Lawrence finira d’ailleurs par le demander à Zoé. Ensuite, parce que cette distanciation est renforcée par le découpage en chapitres (Berlin. Paris. New-York), qui déconnecte le spectateur de la psychologie des protagonistes. On parle alors de « sentiment de l’été », sans finalement le connaître réellement…

Mais peut-être attendais-je trop une suite façon « Victoria » (Sebastian Schipper), dans laquelle les personnages auraient eu besoin d’affronter leurs peurs en face, de flirter avec le vide, confrontés aux vertiges et à l’ivresse, sorte de catharsis salutaire au retour sur Terre. Le choix de Hers est moins enragé, mais humblement étourdissant.

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