Choc cinématographique/En bref

En bref : SLEEPING GIANT d’Andrew Cividino

NOTE 3,5/5

SORTIE EN SALLES LE 17 FÉVRIER 2016

Adam, adolescent timide, passe l’été avec ses parents au bord du vaste Lac Supérieur, à la frontière des États-Unis et du Canada. Sa routine se brise quand il se lie d’amitié avec Riley et Nate, deux cousins qui jouent aux petits malins en passant leur temps libre entre débauche, insouciance et sauts périlleux du haut des falaises. La révélation par l’un d’eux d’un blessant secret sur Adam, entraînera plusieurs événements irréversibles qui mettront à rude épreuve leur amitié et les changeront à jamais.

Réalisé façon rite initiatique, « Sleeping Giant » ressemble avant tout à une histoire de bizutage. Car, dans cette amitié bancale entre un petit roux trop sage et deux grands blonds insolents, il est évident que quelque chose ne tourne pas rond. La preuve : le film s’ouvre sur un innocent combat de lutte sur la plage. Une manière d’immédiatement instaurer entre eux une forme de défi, d’affrontement, qui en ce sens me rappelle le pas si lointain « Combattants » (Thomas Cailley). A un âge de transition où naissent les premières fois (la première fille, la première bière, le premier saut, le premier joint…), comment parvenir à tuer l’ennui d’un été trop calme ?

Ici, les Kids de Cividino ne sont pas aussi dépravés et malsains que ceux de Clark ou débauchés que ceux de Chapiron mais, dans leur timide amoralité, se révèlent aussi bien plus attachants. Car la surenchère à laquelle ils s’adonnent n’a rien d’une performance sur laquelle fanfaronner, tout juste peuvent-ils se targuer d’être « libres » ou « terribles »; leur méchanceté se limitant à l’agaçante sérénité du lac, sa beauté insolente et son immuable silence.

Sleeping_Giant

Dans ce décor presque cliché, trop léché pour être vrai, leur seul adversaire demeure Todd’s Cliff. Une impressionnante falaise qu’ils admirent, quasiment personnifiée, de laquelle seules deux personnes ont déjà sauté. Et c’est bien là tout l’enjeu du film : rechercher l’absolu vertige. L’adrénaline. En bref, l’expérience, à un âge où l’estime se défend.

« Sleeping Giant » inspire ainsi une esthétique très académique, presque trop parfaite ou pompeuse, alternant les couleurs intenses – du vert chatoyant de la forêt au bleu éclatant du lac -, les ralentis – capturant la candeur de leurs derniers jeux d’enfants -, ou encore les effets de très gros plans, conférant à l’ensemble un rendu particulièrement sensuel. Pourtant cette quiétude est contrebalancée par un climat perpétuellement menaçant, que le réalisateur parvient brillamment à instaurer tout au long de l’histoire. C’est ici que le film prend tout son sens : réussir à nous faire respirer le danger où il n’est pas, nous maintenir en alerte d’un suspense qui n’arrive pas.

Sleeping_Giant_Todds Cliff

Surtout, le génie de « Sleeping Giant » est de ne pas rester focalisé sur un dénouement pratiquement joué d’avance, mais plutôt de délivrer, avec subtilité, l’admirable portrait d’un enfant, confronté à la manipulation et à la trahison (de son propre père, de ses amis), et de démontrer qu’il ne s’agit pas d’un jeu sans conséquences; cela sans jamais faire l’erreur de tirer les fils ni du stéréotype ni de la morale. Vertigineux.

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