Cinéma vérité/En bref

En bref : FATIMA de Philippe Faucon

NOTE 3/5

Fatima vit seule avec ses deux filles : Souad, 15 ans, adolescente en révolte, et Nesrine, 18 ans, qui commence des études de médecine. Fatima maîtrise mal le français et le vit comme une frustration dans ses rapports quotidiens avec ses filles. Toutes deux sont sa fierté, son moteur, son inquiétude aussi. Afin de leur offrir le meilleur avenir possible, Fatima travaille comme femme de ménage avec des horaires décalés. Un jour, elle chute dans un escalier. En arrêt de travail, Fatima se met à écrire en arabe ce qu’il ne lui a pas été possible de dire jusque-là en français à ses filles.

L’humiliation, ce n’est pas celle de Fatima, que sa propre fille accuse de « laver la merde des autres », mais plutôt de constater cette réalité qui devrait être d’un autre âge, et à laquelle nos regards ce sont honteusement habitués. C’est ainsi qu’au début, rien ne nous étonne dans ce quotidien en tout point stéréotypé, de la mère voilée femme de ménage à l’apprentissage difficile du français. Peut-être est-ce cela l’enjeu de Philippe Faucon : ne pas vouloir réitérer un énième film de contemplation, mais réaliser un véritable acte de rébellion. Et de créer du malaise; un embarras vital, afin de nous ouvrir doucement les yeux pour regarder enfin ce que nous ne souhaitions pas voir.

fatima soria zeroual

Tout d’abord parce qu’il serait faux de considérer le personnage de Fatima comme faible. Certes, sa vie en France n’est pas facile. Mais au fond n’est-ce pas la « vie normale » d’une mère, de se confronter à l’ingrate adolescence de ses enfants, et leur souhaiter un brillant avenir ? En choisissant un cinéma naturaliste, le réalisateur s’approprie une réalité universelle et fait de Fatima une héroïne ordinaire.

A l’évidence, son combat pour la reconnaissance (de ses filles, de son travail, en société…) semble constituer un enjeu dramatique finalement assez dérisoire à niveau de spectateur. Erreur. Car c’est évidemment à son échelle qu’il faut comprendre le film. Surtout, n’est-ce pas, ce que nous recherchons tous ? Dans une société bien aise d’être aveugle, combattre la « stigmatisation normale » est une priorité. Gagner le respect une nécessité.

fatima-film-philippe-faucon

Ainsi, les plans de Faucon sont tous pragmatiques, efficaces, lisibles. Et contrastent paradoxalement avec la délicatesse qu’il y apporte. On ressent l’évidente estime du réalisateur pour son personnage, et la manière très discrète dont il capte ces moments de vie – presque effacée, comme pour ne pas risquer de prendre toute la place. D’œil de spectateur, impossible, alors, de ne pas être sensible à la volonté du réalisateur, de désirer rendre enfin manifeste l’immense dignité de ces Fatima, elles aussi trop discrètes, et depuis trop longtemps demeurées invisibles. Une belle revanche sur le destin pour Soria Zeroual, cette Fatima du réel, dont le visage qui incarne désormais toutes ces femmes de l’ombre, est inversement lumineuse dans ce rôle, apportant une vérité criante au métrage (jouant là son tout premier rôle) et toute sa légitimité. Humble et éclairant.

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