Cinéma vérité/En bref

En bref : VOLTA À TERRA de João Pedro Plácido

NOTE 2,5/5

SORTIE EN SALLES LE 30 MARS 2016

A Uz, hameau montagnard du nord du Portugal vidé par l’immigration, subsistent quelques dizaines de paysans. Alors que la communauté se rassemble autour des traditionnelles fêtes d’août, le jeune berger Daniel rêve d’amour. Mais l’immuable cycle des 4 saisons et les travaux des champs reprennent vite le dessus…

Quelque part dans le monde, loin de tout, une communauté d’agriculteurs subsiste. Autour d’eux les animaux, les montagnes : une nature immense, généreuse, chaleureuse. A travers son film, le réalisateur provoque une rencontre autrement plus authentique que l’image pailletée d’un Salon de l’agriculture, où l’on expose fièrement des paysans à la manière d’un étrange zoo humain. Ici priment plutôt le naturalisme et la simplicité, une forme de vérité brute que « Volta à Terra » capture avec ferveur, comme le souvenir à conserver d’une génération en voie d’extinction.

famille volta a terra

Ainsi le film se révèle une immersion pudique dans la vie de ces résistants, qu’il observe, avec discrétion, comme des cas d’exception. De cette collégialité se reflètent avant tout de vraies individualités, que la caméra porte comme autant de héros de la vie ordinaire, et à qui João Pedro Plácido rend un vibrant hommage. « Volta à Terra » démontre peut-être aux citoyens que nous sommes, à quel point nous nous fourvoyons dans cette orgueilleuse indélicatesse de se croire supérieurs.

Car définitivement ces paysans se complaisent-ils dans ce presque rien où l’on partage tout, où l’on s’aime, se défend, s’entraide. Un îlot d’utopie en totale autarcie, que les jeunes ont déserté, aveugles à la préciosité et la rareté des sentiments que l’on peut encore y trouver. D’ailleurs, partir pour quoi faire ? Tendre à l’ivresse de la ville ? Trouver une vie meilleure ?

daniel_volta a terra

Pourtant « les agriculteurs ne meurent pas de faim », et Daniel, 21 ans, fait figure d’espoir. De l’abattage des cochons à mains nues,  à la tonte musclée des moutons, où à la surveillance des vaches, voici autant de curseurs qui marquent l’incompréhension qui sépare la campagne et la ville. Un quotidien mêlé de labeur et de courage, qui noie néanmoins de bienveillance cette communauté de paysans, paradoxalement impassibles face à l’apparente brutalité qui pourrait être perçue avec malaise par le spectateur. Par analogie, n’est-ce pas la violence qu’ils peuvent eux-mêmes ressentir face à l’indifférence des citadins,  partis retrouver la modernité au prix de l’essentiel : une certaine douceur de vivre ?

Alors que les fêtes traditionnelles rassemblent les enfants du village, revenus célébrer justement un retour au passé, voici que les agriculteurs y vivent le seul moment de l’année où leur hameau redevient symboliquement vivant. L’occasion pour ces gens-là de réaliser les quelques rêves modestes auxquels ils aspirent : profiter d’un bon repas, tomber amoureux… Pour autant, « Volta à Terra » est poétique sans être idéaliste; et les souhaits qu’il réalise n’apportent pas nécessairement la plénitude promise. C’est ici que la vie réelle reprend le dessus, la citadine comme le paysan préférant plus organiquement encore leur mode de vie à leur amour. Entre désillusion et ambivalence des sentiments, João Pedro Plácido parvient à toucher sans aucun doute le véritable point commun qui nous rassemble… Saudade.

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