Cinéma vérité

UN MONSTRE A MILLE TÊTES de Rodrigo Plá

NOTE 2,5/5

SORTIE EN SALLES LE 30 MARS 2016

Dans une tentative désespérée d’obtenir le traitement qui pourrait sauver la vie de son mari, Sonia Bonet part en lutte contre sa compagnie d’assurance aussi négligente que corrompue. Elle et son fils se retrouvent alors pris dans une vertigineuse spirale de violence. Un animal blessé ne pleure pas, il mord.

La vie humaine a-t-elle un prix ? Telle est l’une des questions fondamentales qu’explore le film, face à ce « monstre à mille têtes » qui nage en silence, dans les eaux crasseuses de la bureaucratie. Une meute obscure de mille loups, dans laquelle le chef domine sans vraiment régner. Choisit sans précisément décider. Mais alors, dans une société dirigée par ses actionnaires, la santé est-elle un business comme un autre ?

La première alerte sonne comme un bruit silencieux, à la manière d’un mauvais présage : celle d’une femme qui, dans l’urgence d’appeler les secours au chevet de son mari malade, décline en premier lieu, et sans faillir, son identité – résumé en chiffres – correspondant à son numéro d’adhésion à l’assurance médicale. En une minute, Plá en dit déjà long sur le traitement de l’humain, symboliquement déjà déshumanisé.

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Y avait-il alors une autre alternative à la mise en scène, que de préserver un style purement réaliste, épuré ? Confronter le spectateur aux angoisses de la vie ordinaire, afin de saisir plus intimement encore le désespoir criant de cette femme, qui se heurte aux murs impassibles qui entourent cette omerta médicale ?

On reconnaît là sans difficultés les incohérences d’un système dysfonctionnant, à la fois totalement désincarné et profondément éloigné de la détresse humaine, qui se réserve, par intérêt financier, droit de vie ou de mort sur ce qui ne sont, à leurs yeux, que des noms sur des dossiers. Avec ce refus répété de les « personnifier », au risque, évident, de désirer ensuite les aider. On remerciera d’ailleurs le réalisateur pour ce parti-pris précieux de ne pas avoir dessiné le portrait caricaturé d’une famille financièrement désœuvrée, infusant ici beaucoup plus subtilement tout le paradoxe de la situation. Celle, évidemment révoltante, de la classe moyenne qui découvre que, malgré les protections sociales, son existence n’est pas mieux considérée.

un monstre a mille tetes film

C’est ce sentiment profond entre injustice et fatalité que semble éprouver le personnage de Sonia Bonet, et qui la guide vers un curieux mécanisme humain d’auto-défense : celui de répliquer à la violence par la menace, comme un ultime recours à cette ignorance volontaire. Certainement peut-on contester cette manière pratiquement mécanique de persister dans l’erreur, sourde aux gyrophares hurlants de son ado, paradoxalement plus mature dans sa gestion du stress et du danger, et plus inquiet surtout sur les « suites » judiciaires qu’impliquera la tournure des événements. On remarque d’ailleurs cette volonté d’en faire un élément raisonné dans cette « guerre des nerfs », toujours en retrait, observant, infiltrant – presque – les situations, pour tenter de les contrôler, ou, au moins, les contenir.

Le film est la démonstration fragile d’un combat définitivement animal, que le spectateur soutient autant qu’il le condamne. Et là commencent les limites de notre réflexion personnelle : définir ce qui est bien et ce qui est mal, dans un contexte d’égarement physique et moral, en réaction à l’ignoble monstre fiduciaire – dont le cinéaste se garde heureusement de donner une vision préconçue. Evidemment troublant.

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