Choc cinématographique/En bref

En bref : LES ARDENNES de Robin Pront

NOTE 3/5

SORTIE EN SALLES LE 13 AVRIL 2016

Un cambriolage tourne mal. Dave arrive à s’enfuir mais laisse son frère Kenneth derrière lui. Quatre ans plus tard, à sa sortie de prison, Kenneth, au tempérament violent, souhaite reprendre sa vie là où il l’avait laissée et est plus que jamais déterminé à reconquérir sa petite amie Sylvie. Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’entre-temps, Dave et Sylvie sont tombés amoureux et mènent désormais une vie rangée ensemble. Avouer la vérité à Kenneth pourrait tourner au règlement de compte…

Comme le souligne la réalisatrice Mia Hansen-Løve, « il y a souvent une image qui résume tout » . Cela est d’autant plus vrai pour « Les Ardennes », construit, selon le jeune Robin Pront « à partir des 10 dernières minutes » . Un final âprement glaçant, malgré les nombreux indices glissés dans le film et pourtant demeurés invisibles, aux yeux du spectateur obnubilé par la seule réalité qu’il croit avoir saisie.

Une oeuvre résolument tournée vers l’absolu des sentiments (d’amour, de famille, de colère, de frustration, de culpabilité…), et dans laquelle la peur devient pratiquement un jeu, méticuleusement orchestré par une mise en scène froide, parfois platonique, mais terriblement rigoureuse; qui prend alors la forme d’une ombre planante, omniprésente, en équilibre. Il y a bien sûr la peur de fuir après le cambriolage, la peur d’avouer la vérité, la peur des conséquences…

LES_ARDENNES

Et puis il y a, inévitablement, cette peur qui menace l’amour, formé par le triangle Dave / Sylvie / Kenneth : au fond, le véritable sujet qu’explore film. Ce sentiment profondément complexe, que l’on oppose par définition à la haine. Cette minuscule frontière qui lie ces deux territoires contradictoires, contraints, et paradoxalement incarnée par le réalisateur lui-même : ce belge de Flandre qui pose sa caméra à la lisière de la Wallonie, dans les Ardennes. Comme un écho à cette fraternité torturée entre les deux protagonistes, dont les liens du sang ne surpassent pas les barrières de l’incompréhension et du mensonge.

A la limite de l’hystérie et du surréalisme, le film suit le parcours chaotique de personnages fatalistes, cocasses, nerveux et sauvages, que seule la densité de la forêt ardennaise semble capable de contenir. Des « gueules cassées », propres au film noir, mais pour qui la compassion de Pront dépasse les apparences pour aller fouiller chez eux une certaine fragilité. Il nous livre ainsi des portraits inattendus de cœurs brisés, aspirant à « une vie normale », « chiante » mais sereine, libérée de cette angoisse permanente, moteur de leur existence depuis toujours.

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La psychologie des personnages, tirée à l’extrême, devient quelquefois pénible mais sert aussi à décrypter cette violence – née pour compenser ce vif sentiment d’abandon qui déchire tout le film : celui de la mère qui ne supporte plus son fils, du frère qui réchappe du cambriolage, de la femme qui tombe amoureuse d’un autre, d’hommes reclus par leur singularité… « Les Ardennes » engendre ainsi un univers paradoxal. Hâtif malgré sa lenteur, il évoque aussi l’effort de vérité derrière la trahison. Immersif, furieux & passionné.

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