Cinéma vérité/En bref

En bref : LES AMANTS DE CARACAS de Lorenzo Vigas

NOTE 2,5/5

SORTIE EN SALLES LE 4 MAI 2016

Caracas, de nos jours. Armando, un homme aisé d’âge mur, racole de jeunes hommes en échange d’argent. Il ne veut pas les toucher, seulement les regarder à distance. Une intimité déroutante va naître entre lui et un adolescent  des bas quartiers nommé Elder.

La vérité, comme le mensonge, sont tout autant difficiles à assumer. C’est précisément pour ne pas affronter cette « réalité en face » que la caméra de Lorenzo Vigas s’obstine à suivre son protagoniste de dos, dernier rempart aux pulsions homosexuelles refoulées qui le guident, tel un chasseur, dans les rues de Caracas. Dans ses filets, le même gibier : de la tendre et jeune chair dénudée et néanmoins tenue à distance, nourrissant l’appétit des yeux –comme celui de l’argent : curieuse façon de nier jusqu’au bout ce penchant inavouable, fantasmé sans être concrétisé. De ce désir jamais complètement comblé naît ainsi l’évident trouble, d’un contact humain soudain cristallisé – aussi féroce soit-il.

Les amants de caracas 2

Fulgurant sans être spectaculaire, « Les amants de Caracas » est à l’image de l’amour : tout à la fois inévitable, complexe et insondable. Les spectateurs, comme les personnages, se retrouvent noyés dans un tas d’émotions contradictoires, débordantes, presque dévorantes. Le film entretient un rapport profondément obsessif avec le corps, pratiquement cannibale. L’anatomie est objet de contemplation, pour sustenter une certaine voracité physique d’abord ; contrebalancée par des gros plans de prothèses dentaires (drôle d’écho buccal), qu’Armando façonne à la molette stridente, et dont les crissements rappellent le grincement des dents. Celles d’Elder, peut-être, engloutissant ses repas avec une avidité rare. Comme une invitation maladroite ou involontaire, à l’expression d’une sensualité diffuse et animale.

les amants de caracas

L’absence de figure paternelle donne une piste sur la relation bizarre de ces hommes radicalement différents, sans jamais en être la clé. Un embarras supplémentaire qui n’explique ni leur attirance ni leur différences, et ajoute au mystère qui entoure l’ensemble. De ce couple bancal surgissent cependant une fougue et une fureur communicatives. Apparaît alors une forme d’empathie pour ces êtres à la fois au centre et à la marge du monde, à tel point qu’on ne saurait affirmer, au fond, qui des deux domine l’autre. Un sentiment flou d’autant plus déconcertant lors d’un coup de théâtre final, qui remet subitement en perspective notre compréhension du film, et nous oblige à nous questionner sur le moment que l’on aurait raté. A moins que tout ceci n’ait été qu’un leurre ? Déroutant.

Publicités

Une réflexion sur “En bref : LES AMANTS DE CARACAS de Lorenzo Vigas

  1. Je trouve votre critique tout à fait pertinente et bien troussée, elle semble même réveiller des échos dans la vie réelle !

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s