Cannes 2016

Cannes, jour 3 : Beyond the Mountains and Hills, Chouf & papoter avec les LEJ

Petite forme ce matin. Je me suis probablement couchée trois heures plus tôt (ou trop tôt, finalement ?) et le réveil, même à 8 heures, est un effort a priori insurmontable. Par respect, je prends tout de même le temps de culpabiliser un instant – avant de me rendormir quasiment aussitôt – de rater la deuxième et dernière projection du film « La danseuse«  (Un Certain Regard) signée Stéphanie Di Giusto, dans lequel toute la Croisette s’extasie d’y découvrir les jolies Lili Rose Depp & Soko. Tant pis pour les actrices, je les rejoindrai en septembre… Surtout, je confirme que mon lit est par ailleurs définitivement plus confortable que la salle Debussy même si, je l’admets, les sièges y sont cependant particulièrement douillets.

C’est un fait : au rythme auquel s’enchaînent les séances, un seul film vous manque et tout est dépeuplé. J’abandonne donc, contrainte, le joli programme alléchant que j’avais consciencieusement préparé (dont « One week & a day » d’Asaph Polonsky, sélectionné par la Semaine de la Critique – et là c’est un moyen/gros regret après réflexion). Mais cela serait oublier la magie de Cannes ! Celle de me laisser porter par l’inconnu, de me laisser surprendre au détour d’une projection mystère… Puisqu’au Festival il est quelque part assez plaisant (je trouve), de faire ce que nous ne pourrions faire ailleurs : c’est-à-dire choisir ses séances à l’aveugle. Sur la sonorité d’un titre, le nom d’un réalisateur, la présence d’un acteur… Voire d’y aller tout court, pour des raisons bien plus pragmatiques : parce qu’on y sera à l’heure, à celle-ci.

Sur mes rétines aujourd’hui :


Beyond the Mountains and Hills de Eran Kolirin : 1,5/5

Un soldat israélien qui, après avoir servi 22 ans dans l’armée, doit se réintégrer à la vie domestique. Confronté à la difficulté de trouver un emploi, sa femme – professeur de lycée – s’accorde une aventure avec un élève, tandis que leur fille tombe sous le charme d’un homme d’origine arabe.

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Le portrait de cette famille désynchronisée résonne comme un écho à cette Israël divisée. Le plan est facile, mais éloquent : à table, c’est l’indifférence. Personne ne se parle, ne s’écoute, ne se regarde. Alors même que tous réclament silencieusement un peu de considération. Un petit bout d’attention. Chacun devient alors semblable à une pièce de puzzle, que le cinéaste s’applique à rassembler, dans l’espoir de recréer une fresque familiale.

Connaît-on vraiment les gens parce que nous partageons leur quotidien ? C’est la grande question qui régit tout le film, et à laquelle vont être confrontés, individuellement, les membres de cette famille. Une épreuve « de la vie » qui, engendrée par une succession de choix malhabiles, va les perdre, un instant, dans ce besoin irrépressible de goûter le danger, paradoxalement pleinement conscients des lignes rouges qu’ils sont en train de franchir. Une manière quasiment « thérapeutique », surtout, de réveiller en eux le rôle social et protecteur de la famille, puisque manifestement, seuls, ces êtres ne sont que des individualités vulnérables qui se fourvoient.

Si on ne peut que se réjouir de cette cohésion retrouvée, on peut cependant se questionner sur le rapport qu’entretient le film à la moralité. Car les situations qui sont proposées aux personnages sont, au moins à deux reprises, particulièrement graves, irréversibles et, surtout, répréhensibles. Or le film occulte toute forme de condamnation, poursuivant – linéairement – son travail de réunification. Les personnages seraient-ils au-dessus des lois ? Ils n’enfreignent aucune règle cinématographique il est vrai, néanmoins cette idée d’impunité me révolte, en tant que conclusion salutaire aux retrouvailles familiales. Et cela, outre l’évident sentiment de culpabilité dont ils font heureusement état et les ramène, un tant soit peu, aux abords de notre réalité…

Sortie à définir 


« Chouf » de Karim Dridi : 1/5

Chouf, ça veut dire « regarde » en arabe. C’est le nom des guetteurs des réseaux de drogue de Marseille. Sofiane, 20 ans, brillant étudiant, intègre le business de son quartier après que son frère, un caïd local, est tué sous ses yeux. Pour retrouver ses assassins et le venger, Sofiane est prêt à tout. Il abandonne famille, études et gravit rapidement les échelons. Aspiré par une violence qui le dépasse, Sofiane découvre la vérité et doit faire des choix.

Difficile de faire la critique d’un film dont le sujet n’a plus rien à analyser… Outre un casting globalement détonnant, et c’est véritablement le point fort de ce long-métrage ! (Foued Nabba et Sofian Khammes sont excellents), que dire que vous ne savez pas concernant les banlieues marseillaises, le crime, la violence, les gangs et la drogue ? « Chouf » n’est même pas vraiment un « nouveau » film, mais je dirais ni plus ni moins qu’une énième version de ce cinéma de rue, qui se déploie sur fond de vengeance et d’honneur à sauver.

Chouf

Le plus triste au fond, c’est peut-être que le spectateur n’a plus rien à craindre, plus rien à attendre : les coups de revolvers sont à ce point omniprésents que l’on finit par ne plus les entendre, ne plus les considérer. S’y habituer. Un véritable cercle vicieux où la revanche appelle la revanche, un jeu sans fin, sans issue où les jeunes n’attendent que leur mort, s’accordant – seulement – un répit supplémentaire à chaque victoire. Bref, des hommes paradoxalement capables de se défendre, sans être finalement capables de se protéger.

Pire, clôturer le film sur la décourageante idée que personne ne pourra rien y changer, sinistre image des banlieues inexorablement flottantes sur l’océan de la délinquance, chaque minute prête à se noyer. FA-TA-LI-TE.

#joie #bonheur #bonneambiance

En sortie de projection mon pote Yves et moi-même discutons cinq minutes avec les formidables chanteuses du groupe LEJ, à qui je dis tout le bien que je pense d’elles. Face à un tel naufrage cinématographique (deux films notés à moins de 2/5, quand même) c’est je crois, le meilleur moment de la journée.

LEJ groupe

Sortie à définir – Distribution : Pyramide Films

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