Cannes 2016

Cannes, jour 7 : Monter les Marches pour Juste la Fin du Monde de Xavier Dolan & finir avec Pericle Il Nero

Ce matin, je m’offre le dernier snobisme d’un chauffeur pour traverser la Croisette. A travers les vitres teintées, descendant vers la mer, je compte mentalement les heures avant le départ. Surtout, la perspective de revenir à la vie « normale » me désabuse d’avance : adieu glamour, chic, splendeur et volupté. Cet après-midi je quitte, pour un an au moins, cet oasis de cinéma au milieu du désert. Hélas, on s’habitue vite à l’effervescence, aux nuits d’ivresse, à l’emphase et à l’ostentation.

Imaginer, en plus, rater la présentation du film d’Isabelle Huppert (« Elle » de Paul Verhoeven) deux jours plus tard – qui fait grand bruit parmi les critiques – est un déchirement. Heureusement que le très humble Xavier Dolan (27 ans, 6 films, qu’est-ce qu’il y a ?) et son casting 5 étoiles (une indécence !) sont là pour me consoler. N’y a-t-il rien de plus exaltant que de parachever mon Festival avec le réalisateur de « Mommy » , tout simplement le film qui m’a inspiré ce blog ? De nouveau galvanisée, je m’octroie même un dernier délice au théâtre Debussy, pour la projection de « Pericle il nero » dans lequel joue la douce Marina Foïs.

Cannes je t’aime, mais cette fois-ci, je t’abandonne…

Ceux avec qui j’ai partagé Juste la fin de mon Festival :


« Juste la fin du monde » de Xavier Dolan : 4/5

Un jeune auteur revient dans sa famille après 12 ans d’absence, afin de leur annoncer sa mort prochaine. Un film adapté de la pièce de théâtre éponyme de Jean-Luc Lagarce.

Gaspard Ulliel, Marion Cotillard, Vincent Cassel, Léa Seydoux, Nathalie Baye. La liste est vertigineuse, et lorsque l’on voit les noms défiler, on craint immédiatement l’effet commercial. Pourtant, si le casting sera assurément une bonne caution pour encourager les spectateurs à venir en salles, Xavier Dolan décevra ceux qui sont insensibles au cinéma d’auteur. Car ici, l’action n’est à chercher que dans la psychologie complexe des personnage et le nœud dramatique repose essentiellement sur l’asphyxie générale que le film nous impose. Une ambiance véritablement étouffante, soutenue par une mise en scène faite quasi exclusivement de plans rapprochés. Comment mieux décrire les émotions du protagoniste, objet de toutes les attentions après douze ans d’absence et donc, naturellement, happé par chacun des membres de sa famille ?

juste_la_fin_du_monde_Dolan

Le spectateur frôle de si près ces retrouvailles qu’il peut ressentir les vibrations de leurs cris, leur hystérie collective, leur folie, jusqu’aux battements rythmés de leurs sentiments débordants, envahissants. D’un film sur l’absence, Xavier Dolan crée une nouvelle forme de cinéma immersif, dans lequel il n’est pas question de nous forcer à aimer les personnages, mais de nous maintenir dans un état de pression absolu, lourd, intense. Ne jamais nous laisser souffler. Ne jamais nous laisser un instant nous échapper.

De fait, même les moments de respiration se jouent avec résistance, comme pour souligner la profonde désorganisation familiale que le départ de Louis a pu provoquer. Et de constater à quel point son absence est, paradoxalement, omniprésente, écrasante, pour cette famille qui s’acharne à combler le vide par des exclamations permanentes, feignant l’excès pour cacher le manque. On retiendra volontiers l’originalité de Dolan pour magnifier l’improbable, à l’image d’une chorégraphie mère-fille dansée sur O-Zone, qui, l’espace d’une seconde, parvient à nous toucher avec « Dragostea din tei ». En soi, déjà une preuve de son talent grandiose.

« Juste la fin du monde » démontre en outre l’importance du montage, qui joue ici un rôle à part entière et influence notre compréhension du scénario. Ainsi, les champs contre champs remplacent les mots… Puis les images, leur lumière irréelle, leur cadrage pictural : le réalisateur s’applique, presque trop. Où est la spontanéité de la rencontre ? Difficile de ne pas percevoir la réflexion, voire l’exercice de style derrière tant de méticulosité. Même les dialogues, sous leurs aspérités, paraissent lisses tant on discerne l’effort d’écriture, toujours percutants, toujours justes. Une prose à la fois littéraire et poétique, en phase avec l’ambiance onirique de l’ensemble.

Soudain, le film nous fait atteindre l’apothéose émotionnelle dans un vacarme devenu familier, puis rompt subitement le mouvement, dans un calme assourdissant. On n’avait plus humé l’air depuis une heure et demie. Surnaturel !

Sortie le 21 septembre 2016 – Distribution : Diaphana

« Pericle Il Nero » de Stefano Mordini : 1,5/5

Périclès travaille pour Don Luigi, le chef d’un clan napolitain qui tient le trafic de drogue et les réseaux de prostitution de Liège et blanchit ses profits grâce à ses nombreuses pizzerias. Pendant une de ses missions, il tue par erreur une femme appartenant à une autre famille napolitaine. Il a signé son arrêt de mort. Réfugié en France, il rencontre Anastasia et espère construire avec elle une nouvelle vie. Mais Don Luigi l’a trahi. Périclès retourne en Belgique pour prendre sa revanche.

« Mon métier est de sodomiser les gens ». Voilà, mot pour mot, la phrase sur laquelle s’ouvre le film. Une profession au sens « propre », puisque Periclès Scalzone est en effet missionné par le patron d’un famille mafieuse pour humilier ses ennemis. Ma foi, chacun fait ce qu’il veut.

D’ailleurs Periclès, qui n’a rien du fin stratège à qui il doit son prénom, y voit même une forme de gratitude : celle d’avoir été élevé et protégé toutes ces années par Don Luigi, adopté comme un père à la disparition du sien. Face à l’évidence, c’est donc avec une naïveté déconcertante qu’il se laisse trahir par son propre clan. Soudainement répudié, rejeté, comment « régler le problème » quand on n’a été que l’outil sans être le moteur ?

pericle il nero

Sa rencontre avec Anastasia est aussi fulgurante qu’irraisonnée. Mais l’abandon répété l’encourage vers ce besoin effréné de s’approprier une nouvelle famille, qu’il adopte immédiatement comme si c’était la sienne. Difficile de comprendre pourquoi cette femme laisse entrer si candidement cet inconnu dans sa vie. Peut-être parce que la sienne est en partie chaotique également, entre son travail de vendeuse en boulangerie et ses deux enfants qu’elle élève seule ?

Tuteurs l’un pour l’autre, qui leur permet de rester debout, le film déroule ensuite, avec une platitude narrative embarrassante, l’inévitable vengeance du fils revenu symboliquement tuer le père, anxieux que la menace qui le poursuit ne s’abatte sur ce nouveau cocon. Le film met alors en scène l’immense complexe œdipien de cet orphelin, qui, par amour, va trouver la force de prendre enfin sa vie en main.

La provocation du début laissait présager un film disruptif, différent. Finalement, on se demande presque ce que Marina Foïs est venue faire dans cette galère. « Pericle Il Nero » n’est pas mauvais, mais ressasse mille ans de cinéma. A l’arrivée, c’est intéressant sans être captivant. Bon, sans être excellent. Bref, une œuvre sans étincelle, trop policée pour que notre esprit s’en souvienne.

Sortie à définir – Distribution : NC

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