Cannes 2016/En bref

En bref : FOLLES DE JOIE de Paolo Virzì

NOTE 4/5

SORTIE EN SALLES LE 8 JUIN 2016

Beatrice est une mythomane bavarde et excessive qui se prend pour une Comtesse. Donatella est tatouée, fragile et introvertie. Ces deux patientes de la Villa Biondi, une institution thérapeutique pour femmes sujettes à des troubles mentaux, se lient d’amitié. Une après-midi, elles s’enfuient, bien décidées à trouver un peu de bonheur dans cet asile de fous à ciel ouvert qu’est le monde des gens « sains».

Une exubérante comtesse déambule dans les allées d’une belle demeure, revêtant sous son ombrelle ce petit quelque chose d’anachronique et de troublant. Elle se pavane, dans sa robe de satin rose collée au corps par l’effet de l’électricité statique, produite – peut-être – par l’énergie harassante qu’elle met à parader, à ordonner, à parler fort. Qui est cette démente, plus folle que les folles parmi lesquelles elle cohabite ? Une femme esseulée, à l’évidence, qui espère sans doute combler le vide relationnel qui la sépare des autres, exacerbant ce besoin permanent de se faire remarquer.

folles de joie bruni tedeschi

L’arrivée d’une énigmatique taiseuse, hantée par le désir de retrouver son fils, est inespérée. Un véritable coup de foudre pour la verbeuse, qui s’empare de son cas comme une mère enveloppe son enfant. Elle reporte son « love bombing », analysent les soignants. Et c’est bien de guérir dans il est question, à l’image d’une première rencontre où Béatrice usurpe l’identité du médecin pour ausculter le dossier de Donatella. Après tout, comment deux pathologies opposées peuvent-elles mieux se compléter ? Les contraires ne s’attirent-ils pas ?

Paolo Virzi suit ainsi le parcours drolatique de cet improbable duo d’inconséquentes, dans une course folle à la recherche du bonheur. Leur quête est, certes, idéaliste, mais n’est-ce pas en somme ce que nous recherchons tous ? Sur les traces d’un gérant de discothèque crapuleux à un vieil amour pervers et libidineux, les hommes de leur vie ont vraisemblablement eu de quoi les rendre cinglées ; jusqu’à se demander, finalement, qui dans ce monde insensé est le plus aliéné. Et si ces femmes n’étaient, au fond, que des incomprises ? Des utopistes inaptes à la dureté de la réalité ? C’est parfois à s’y méprendre, tant le tandem qu’elles forme ne paraît jamais plus normal que lorsqu’elles avancent ensemble.

folles de joie ramazotti bruni tedeschi

Valeria Bruni Tedeschi et Micaela Ramazzotti, la blonde et la brune, l’excitée et la timide, animent leurs personnages d’un équilibre stupéfiant, entre la fureur de vivre et le désenchantement perpétuel face aux rugosités de l’existence, entraînant le spectateur dans une déchaînement de rire autant que de compassion. Le réalisateur tisse ainsi, avec bienveillance, une forme d’excès maîtrisé, dans lequel on ne peut que se sentir toujours à l’aise, jamais oppressé. Car les pensionnaires dont il est question ne sont pas atteintes d’une pathologie malsaine, mais sont, au contraires « folles de joie ». Si l’exaltation est une maladie, alors le film transmet une hystérie résolument contagieuse !

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