Ovni cinématographique

COSMODRAMA de Philippe Fernandez

NOTE 3,5/5

SORTIE EN SALLES LE 29 JUIN 2016

Sept astronautes, accompagnés d’un singe, d’un chien et d’un myxomycète, sortent de cryogénisation à bord d’un vaisseau spatial. Ils ne savent pas pourquoi ils sont là, ni d’où ils viennent, ni où ils vont.

Des hommes hagards longent les dédales labyrinthiques de couloirs interminables. Dans ce vaisseau faussement futuriste aux couleurs pop des années 60 faisant la part belles à toute une palette de nuances violettes, oranges et marrons, nous voilà immédiatement étouffé par chaque centimètre de décor occupé, dont il n’existe aucune ligne de fuite permettant aux personnages, comme au spectateur, de s’échapper.

Des vues du cosmos en carton aux costumes ringards moutarde et col roulé, tout ici appelle un délicieux effet suranné voire, anachronique. Que font-ils ici ? Qui dirige le vaisseau ? Où vont-ils ? Autant de questions sans réponse, oscillantes, dont même les mouvements de travellings renforcent cette impression de flottement.

cosmodrama

« Cosmodrama » se lance ainsi dans un excitant voyage aux confins de la réalité, du moins celle dont nous avons conscience, dont les multiples galeries du vaisseau pourraient refléter les couloirs de la pensée. Avides de « savoir » afin de « comprendre » -car tel est fait l’être humain, frustré de ne pas maîtriser le monde qui l’entoure- les astronautes vont instinctivement mettre en commun leur savoir-faire (biologie, psychologie, astronomie…) à la faveur d’une grande enquête extra-scientifique censée parvenir à déchiffrer le sens de tout ceci et, pourquoi pas, le sens même de la vie, comme son rapport à l’univers.

Paradoxalement, l’omniscience (et « l’omni-science », qu’incarnent chacun des personnages à travers leurs connaissances propres) est probablement le plus grand mystère auquel ce curieux équipage se retrouve confronté, dont le maniérisme scientifique devient quelquefois plus aliénant que réellement intelligent. De cette incapacité à élucider, le film met alors en exergue ce motif omniprésent du « trou » comme origine du questionnement – matérialisé ici par une fenêtre vitrée au sol du lounge, autour de laquelle s’observe le cosmos et s’exposent les raisonnements. De là fusent un tas d’interrogations : le trou de mémoire (pourquoi sont-ils ici ?), le trou noir (qu’y a-t-il après ?), le trou de l’espace (qu’est-ce que l’infini ?), le trou dans l’histoire (qu’y avait-il avant le big bang ?), etc.

cosmodrama2

« Plus vous remontez le début des événements, plus le début devient hors d’atteinte », explique l’un d’eux. Illustration parfaite de l’acharnement vain de l’homme à tout rationaliser, dont le film se moque malicieusement. De démonstrations scientifiques a priori imparables (puisque la science prouve) et pourtant défaillantes, le spectateur échoue à comprendre. Et, heureusement ! Car rien n’est plus plaisant dans « Cosmodrama » que de s’abandonner aux réflexions sérieuses pour envisager, un instant, préférer accorder plus de crédit au surnaturel, telles les « peintures médiumniques » de l’homme de ménage – finalement peut-être plus éclairé que l’ensemble des penseurs érudits du vaisseau – dont les paysages nous semblent – enfin – un peu familiers au beau milieu de l’espace.

Une constellation humaine atypique aux considérations intersidérales, que la galaxie de Philippe Fernandez malmène avec infini plaisir. Pourquoi le film est-il si amusant ? Vous comprendrez donc que je renonce à chercher une réponse !

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