En bref/Ovni cinématographique

En bref : JE ME TUE A LE DIRE de Xavier Seron

NOTE 3/5

 SORTIE EN SALLES LE 6 JUILLET 2016

Michel Peneud va mourir. Comme vous, comme moi, et comme sa mère, sauf que sa mère, c’est son médecin qui le lui a dit. Alors elle a décidé de vivre : c’est-à-dire nourrir ses chats, boire du mousseux comme de l’eau, et aimer son fils. Mais cet amour, Michel le trouve un peu encombrant. A tel point qu’il semble soudain développer des symptômes très proches de ceux de sa mère. Et si Michel avait lui aussi un cancer du sein ?

En donnant la vie, une mère donne aussi la mort : « on est bien peu de choses » ! Pourtant, « Je me tue à le dire » n’est pas une fable morbide, mais un manifeste zinzin sur la relation filiale qui déjoue la moindre dimension dramatique, capable de distancier les situations et ce qu’elles impliquent, avec une certaine désinvolture. Une éloquente démonstration de cruauté jubilatoire, qui épanche tout le film.

Surtout, il met en scène avec intelligence ce paradoxe étrange qu’ont les hommes à ne jamais se satisfaire de ce qu’ils ont, ou plutôt, cette sorte de « désynchronisation » de la conscience, entre le moment où l’on devrait être heureux et celui où on décide de l’être. Ici, le cas d’une femme malade qui profite des plaisirs de la vie alors que son fils bien vivant se met à douter de sa santé.

je me tue a le dire 2

Il y a naturellement quelque chose d’un peu œdipien dans cette relation filiale, dont le cordon semble avoir résisté longtemps avant de pouvoir être coupé. C’est donc avec une ironie toute salutaire que le film en témoigne, soulignant la volonté de cette mère de voir naître une fille et sa déception d’avoir finalement un garçon.

Sous les traits d’un personnage gentillet mais peu charismatique, la dérision est partout, jouant sur sa crainte d’une ablation des testicules pour un hypothétique cancer du sein dont il serait atteint, en raison de ses prédispositions génétiques. Or faudrait-il encore qu’il en ait, des seins, mais surtout des « couilles ». Sa copine a beau clamer que c’est un « super baiseur », il n’empêche : Michel, que sa maman surnomme « minou », manque cruellement de virilité. A tel point même, de se laisser dominer – voire affectueusement humilier – par les deux femmes de sa vie.

Cela aurait-il un lien avec sa fascination patente pour le motif du sein ? D’un citron pressé aux palpations répétitives, Michel est ainsi toujours aux prises entre la peur de la maladie et le fantasme d’être femme. Le film crée alors un parallèle fascinant avec l’amour ambivalent et « maladif » que sa mère « Peneud Monique » (pneumonie?) reporte sur lui et la manière dont son hypocondrie relève d’une somatisation évidente, comme une pathologie les unissant plus encore.

je me tue a le dire

Outre une certaine difficulté à faire vivre le sujet sur la durée, on se laisse volontiers conquérir par l’esthétique des cadres, sensationnels (Michel Peneud filmé à travers le prisme d’un pneu de balançoire) faisant eux-mêmes écho à une mise en abîme des mots (Michel Peneud vu à travers un pneu). A noter, le choix de l’effet noir et blanc qui appuie le ton désabusé du film, et rappelle, de fait, le plaisant « J’ai toujours rêvé d’être un gangster » de Samuel Benchetrit, aussi bien sur le fond que sur la forme. Au final, plutôt vivifiant que mortifiant.

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