En bref

En bref : SPARROWS de Rúnar Rúnarsson

NOTE 2/5

Ari, 16 ans, vit avec sa mère à Reykjavik lorsqu’il doit retourner vivre chez son père Gunnar, dans la région isolée des fjords, au nord-ouest de l’Islande. Leur relation n’est pas des plus faciles et ses amis d’enfance semblent avoir bien changé. C’est dans cette situation difficile à laquelle il ne peut échapper qu’Ari devra s’imposer pour trouver sa voie.

Des échos cristallins résonnent en chœur dans la chapelle d’une église. Des chants prenant vite des allures de supplications pour Ari, qui se sent rapidement être « de trop » dans cette famille qui renonce à l’assumer. Il y a sa mère d’abord, qui part vivre en Afrique, puis son père, enfin, complètement déresponsabilisé de son rôle depuis la séparation du couple six ans auparavant. La scène où, caché sous les draps en position fœtale, Ari refuse d’être séparé de sa mère, est criante d’infantilisme. Naît alors l’évidente frustration d’une solitude adolescente mille fois exploitée au cinéma, dont les errances perturbées sont autant de signes au nécessaire passage à l’âge adulte.

La nuance ici s’inscrit dans la beauté du paysage islandais, qui possède ce quelque chose de profondément cinémagénique ; et dont les montagnes se fondent dans les nuages, appelant à une dimension lunaire. Paradoxalement, nous voici bien loin de l’insouciance dans ces couleurs froides, où les lignes géométriques, droites, des constructions humaines paralysent ce sentiment d’immensité libérateur – et gâchent leur figure sauvage. A l’inverse de « Béliers » de Grimur Hakonarson qui au contraire jouait sur l’infini de l’horizon et la menace d’un tel vide, « Sparrows » configure les contours d’une prison sociale, enclave morne et hostile invitant plutôt Ari à un effort d’introspection.

sparrows-paysage

Reflet de cette même idée de froideur, le film souligne par ailleurs la distance pressentie qui existe entre le père et son fils, difficile apprivoisement qui s’effectue par touches délicates, presque embarrassées : telle une poignée de main plus amicale que familiale à l’aéroport, que le cadre cloisonne jusque dans les silences, seulement rythmés par les mouvements de va-et-viens des essuie-glace. Et l’ambiance n’est guère plus chaleureuse avec les jeunes du village, accueillant « l’enfant de la ville » entre la méfiance et le bizutage.

L’issue alors est de s’élever, pour espérer dépasser l’affliction du décor. Mais comment devenir homme, lorsque le modèle paternel démontre un tel degré d’immaturité, plus préoccupé par l’alcool et les femmes que les anniversaires de son fils ? Un autre film nordique, « Le lendemain » de Magnus von Horn, explorait récemment les complexités de la relation filiale. C’est ainsi que les deux métrages se rejoignent sur des tentatives de rapprochement musclées autour d’une partie de chasse, sans parvenir pourtant à atteindre leur cible. Pourquoi les rapports père-fils devraient-ils toujours se jouer sur le terrain de la virilité ?

pere fils Sparrows

Sensibles avant d’être mâles, c’est plutôt la douceur rassurante et maternelle qui conditionne en outre le lien entre l’homme et l’adultisme. C’est ainsi par l’abandon de leur mère respective (le départ de celle d’Ari et le décès de sa grand-mère) qu’ils grandiront. Ou quand s’illustre enfin la première transmission parentale, s’agisse-t-il d’un vice de débauche répété par effet de mimétisme (la consommation de drogue et d’alcool, le dépucelage par une amie de son père…). En cela, la scène finale d’une tendre câlinerie, fusse-t-elle inconsciente, est déjà une consolation, fébrile mais réelle, à la conclusion d’un récit initiatique quasiment insoutenable, aussi glaçant que les fjords d’Islande.

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