Cannes 2016/Cinéma vérité/En bref

En bref : L’ECONOMIE DU COUPLE de Joachim Lafosse

NOTE 2,5/5

Après 15 ans de vie commune, Marie et Boris se séparent. Or, c’est elle qui a acheté la maison dans laquelle ils vivent avec leurs deux enfants, et c’est lui qui l’a entièrement rénovée. À présent, ils sont obligés d’y cohabiter, Boris n’ayant pas les moyens de se reloger. À l’heure des comptes, aucun des deux ne veut lâcher sur ce qu’il juge avoir apporté.

J’avais tellement hâte de découvrir le nouveau bébé du génial réalisateur de « Nue Propriété » (2007) et « A perdre la raison » (2012). Ces deux-là, je les avais adoré pour les montagnes dramatiques qu’ils soulèvent, confinées au cœur de huis-clos psychologiques particulièrement troublants.

Ici, je retrouve avec délectation l’ADN du cinéaste, qui cloître ses personnages dans cette demeure, objet de discorde. Une unité de lieu, rassurante et dangereuse à la fois, où s’entremêlent les souvenirs heureux et la détestation naissante. Comme souvent chez Lafosse, on peut quasiment ressentir la gêne qui s’est installée, puis l’agacement qui surgit du moindre détails – a priori insignifiant. Le malaise transpire jusque dans les murs, derrière lesquels on se réfugie, ou on s’épie. Mais où nous mène cette lutte verbale qui déchire le couple ?

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Bizarrement, on ne sent jamais la menace planer, les deux protagonistes passant leur temps à faire un pas en avant, deux en arrière. Il s’aiment et se haïssent. Au fond, leur rage n’est que colère, et l’électricité qu’il y a dans l’air n’est que statique. Les scènes de respiration sont emplies de tendresse (le chocolat de la glace qui tombe sur la table, la chorégraphie familiale sur « Bella » de Maître Gims…) mais brisent hélas l’effet dramatique de la situation. Comment, dans ces conditions, rendre les personnages hors de contrôle, prêts à perdre pieds, si la réalité les ramène toujours sur Terre ? Voilà le problème : ils ne nous font pas peur. D’ailleurs, leurs conversations sont beaucoup trop pragmatiques pour laisser penser qu’ils deviennent fous, irraisonnés.

En outre le film manque de fulgurance pour plonger le spectateur dans un état de stress, comme cela a pu être le cas précédemment. On aimerait voir Bérénice Béjo crier, hurler, s’égosiller jusqu’à s’épuiser les cordes vocales, et Cédric Kahn donner des coups dans les murs. Bref, on aimerait voir nos certitudes vaciller, avoir le poil hérissé, craindre chaque scène suivante. Or l’adrénaline ne vient pas, et le spectateur s’épuise à s’identifier aux personnages. Après tout qui n’a jamais vécu cette situation de rupture, où l’exaspération de l’autre devient presque physique ? Comme disait Maïwenn dans « Mon Roi » : « on quitte les gens pour les raisons qui nous ont attirées ».

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Résultat, le côté archi rationnel du film nous donne le sentiment d’en connaître déjà la fin : une conclusion banale, pour un couple banal. En somme, un film plat, qui filme la vie telle qu’elle est, et termine comme il a commencé : c’est-à-dire avec beaucoup trop de simplicité.

Un sursaut soudain m’a convaincue un instant que le film était absolument formidable. J’étais sûre, face à ce plan fixe sur le couloir d’hôpital, que l’écran allait devenir noir, et appeler le générique. Mais non. Joachim Lafosse ajoute là une conclusion supplémentaire, inutile, dommageable, qui remet « L’Economie du couple » à sa place de film banal, alors qu’à 5 minutes près, nous tenions là un trésor… Frustrant !

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