Cannes 2016/Choc cinématographique

DIVINES de Houda Benyamina

NOTE 4/5

SORTIE EN SALLES LE 31 AOÛT 2016

Dans un ghetto où se côtoient trafics et religion, Dounia a soif de pouvoir et de réussite. Soutenue par Maimouna, sa meilleure amie, elle décide de suivre les traces de Rebecca, une dealeuse respectée. Sa rencontre avec Djigui, un jeune danseur troublant de sensualité, va bouleverser son quotidien.

Le long générique déroule des kilomètres de vidéos et de selfies d’une amitié viscérale, indestructible, faite de joies et de rires. Alors, naturellement, on imagine la frustration de ces filles dans cette première scène électrisante, où une enseignante leur apprend à sourire, dans le cadre de leur formation BEP Accueil. Car si la réjouissance ne s’apprend pas, ces filles-là en ont déjà plein le cœur. Insensé par ailleurs : comment pourraient-elles s’enchanter d’un métier qui « ne rapporte rien », du moins, pas le « money, money, money » qu’elles clament comme un refrain ? L’aplomb dont elles font preuve les rendent alors aussi touchantes qu’insupportables, aussi inconscientes qu’innocentes. De douces désillusionnées que la vie privent de tout, et qui, au lieu de s’apitoyer, s’acharnent à forcer le destin.

divines paris

« Divines » se présente donc comme un portrait de femmes « qui ont du clitoris », disent-elles, où les hommes abandonnent leur virilité au profit d’un film féministe. Parmi eux un vigile de supermarché qui danse, un dealer aux ordres d’une femme, un homme soumis au charme de la beauté féline, un oncle travesti, etc.

Dans le lumineux « Max & Lenny » de Fred Nicolas, Jisca Kalvanda renvoyait à sa partenaire, une voyou marseillaise, toute la féminité que l’autre cachait sous d’affreux apparats masculins. Ici, elle demeure le symbole d’un féminisme affirmé, colossal, quelquefois caricatural, mais impressionnante de stature et de confiance en elle. Une coach de féminisme, qui enseigne à ses « filles » à ne jamais se laisser bousculer par les hommes, ne jamais les laisser dominer. Car la cité – comme le monde autour – est une jungle, où la femme, en 2016, n’est pas encore tout à fait émancipée.

Divines

Le seul enseignement qui fait écho chez la jeune Dounia – elle aussi d’une sublime beauté dissimulée sous sa capuche –, dont la mère se comporte précisément comme un objet sexuel, dansant dans un bar pour exciter les mâles. Paradoxalement, c’est dans la plus tendre douceur que Dounia rencontre son premier amour, un danseur qui lui apprend à laisser ses émotions envahir son corps, l’envelopper, la posséder. Et qui laisse à penser que de l’amour ou de la survie, il faut choisir.

Un élan d’espoir néanmoins, contre le manichéisme que supposent les clichés de la cité, lieu d’apparences, de puissance, de pouvoir, où le sentimentalisme n’a aucune place. On ne peut que féliciter la réalisatrice d’avoir su insuffler de la sensualité au milieu même de la brutalité, comme l’a fait avant elle Pascal Tessaud dans « Brooklyn ». Ces filles-là sont spécialement singulières, plus combatives, plus courageuses. Elles explosent de grâce et de sensibilité derrière leur insolence, s’enhardissent d’une joyeuse inconséquence comme d’une ivre liberté, prêtent à croire qu’elles touchent enfin leurs rêves du bout des doigts. Dans ce registre, on pense naturellement à « Bande de filles » de Céline Sciamma. Pourtant, malgré une fin éprouvante, voire symptomatique du « film de banlieue », « Divines » paraît offrir à ses héroïnes plus d’ambition, de dignité, de fraîcheur. Partager quelques instants fragiles avec Dounia et Maimouna, c’est consentir à se tordre autant de rire que de chagrin, à s’illusionner autant que se confronter à leur lucidité. Émouvant, révoltant, évidemment divin !

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