Cannes 2016/En bref

En bref : VOIR DU PAYS des Soeurs Coulin

NOTE 3/5

SORTIE EN SALLES LE 7 SEPTEMBRE 2016

Deux jeunes militaires, Aurore et Marine, reviennent d’Afghanistan. Avec leur section, elles vont passer trois jours à Chypre, dans un hôtel cinq étoiles, au milieu des touristes en vacances, pour ce que l’armée appelle un sas de décompression, où on va les aider à « oublier la guerre ». Mais on ne se libère pas de la violence si facilement…

« Nous sommes partis avec l’espoir de voir du pays. Mais de l’Afghanistan nous n’avons rien vu en dehors de la base militaire. » C’est d’abord dans l’œil plein cadre d’une femme soldat que le film nous propulse, avant de dé-zoomer sur un plan général de Chypre, vue du ciel. Comme si la caméra nous prenait à témoin, pour constater que cette recrue ne fait l’objet d’un quelconque problème physique. Effectivement, on ne distingue pas de pupille dilatée, juste l’iris pétillant, heureux de « voir » enfin du pays, où les mouvements de l’océan ont remplacé le bruit des roquettes.

Dans cet avion qui ramène la troupe de mission, il n’y a a priori rien à signaler. Pourtant, quelque chose est palpable. La désinvolture avec laquelle ils répondent au questionnaire de sûreté (avez-vous des troubles du sommeil ? Des angoisses spécifiques ?…) est un précieux indice pour mesurer la santé de leur état d’esprit : « tu le remplis pour moi et je le remplis pour toi, comme on faisait en 6ème ? » interroge l’une. Des adultes inaptes à (re)prendre leurs responsabilités. Car les séquelles qu’ils ont emporté ne sont pas que physiques, mais avant tout psychologiques, et particulièrement silencieuses. Insidieuses. Or les soldats sont d’abord des hommes, et le machisme gangrène encore l’armée. Entre eux les émotions s’intériorisent, il est de bon ton de ne pas exulter, au risque de se faire railler. Une attitude irresponsable, en opposition totale avec les missions qui leur ont été confiées. Féministe par nature, le  film dénonce en outre une forme de déshumanisation organisée, qui rend ces hommes à leur état sauvage, redevenus des animaux incontrôlables et ignorant toute règle de bienséance, comme les limites élémentaires du bien et du mal.

Voir du Pays Coulin

Ils sont donc capables de défendre la nation, mais échouent à se défendre eux-mêmes. Pourtant ces hommes et ces femmes reviennent d’un terrain de guerre. Le sang, la violence, la mort : que peuvent-ils affronter de pire après avoir connu l’horreur ? Étrangement, c’est peut-être le retour à la vie ordinaire qu’ils redoutent le plus. Cette vie dite « normale », à des milliers de kilomètres de leur propre réalité, n’est sans doute pas si facile à ré-adopter. D’ailleurs, comment parvenir à oublier la guerre, au cœur même d’un pays divisé ?L’île de Chypre représente parfaitement cette frontière spirituelle entre les soldats et les civils, où la condescendance et le mépris se déploient  même parmi les clients de l’hôtel.

Ainsi, les séances de thérapie de groupe sont un bon exutoire pour permettre de mettre en évidence les malaises communs, et bon gré mal gré tenter de les apaiser. L’intelligence du film est notamment de parvenir à démontrer la puissance de l’acte de « voir », qui résulte avant tout d’une interprétation personnelle.Choisir de cristalliser les tensions autour d’un même événement vécu différemment par tous illustre de façon notable à quel point notre regard peut capter les choses de manières extrêmement diverses : ne serait-ce ce que l’on appelle « le point de vue » ?…

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