Cinéma vérité

RODEO de Gabriel Mascaro

NOTE 2,5/5

SORTIE EN SALLES LE 7 SEPTEMBRE 2016

Iremar et sa famille de substitution vivent sur les routes, travaillant dans le milieu des vaquejadas, rodéos traditionnels du Nord du Brésil pour lesquels ils préparent les taureaux. Rêvant de devenir styliste, Iremar accumule les étoffes et paillettes, coupant et assemblant ses créations et les derniers modèles à la mode…

Une arène entière se soulève à la mise à terre d’un taureau, tiré à la queue par deux cavaliers. Et puis le silence, terrifiant; semblable à une parenthèse contemplative du chaos après la liesse, comme pour mieux nous renvoyer de plein fouet toute la violence de la performance. Tranche de vie quotidienne pour nos quelques héros de l’ombre, sorte de famille de cœur, et qui fait douloureusement écho à une certaine lamentation intérieure. Soit l’évidente solitude individuelle, malgré la vie communautaire et les spectacles remplis. Car ceux-là ne récoltent aucun laurier, aucune gloire, sinon celle, moins prestigieuse, de soigner les bêtes. De la revue pornographique, de l’absence d’ambiguïté à l’intérieur du clan, de la vie nomade et sans attache, émanent des signes flagrants sur la difficulté à séduire et à s’émanciper de cette existence ingrate et laborieuse de vachers, entre la bouse et la poussière. La fillette, elle, rêve d’un cheval et d’un père. Entre leur choix de vie et la possibilité d’être ailleurs, ces êtres sont les taureaux qu’ils préparent à l’entrée en piste, stimulés par l’agitation oppressante qui les entoure ; c’est-à-dire contraints de quitter leurs paisible enclos vers une vaine bataille. En ce sens, « Rodéo » incarne avec puissance ce que l’on appelle l’instinct animal.

©Desvia_Malbicho

©Desvia_Malbicho

A la fois brut et sensuel, le film entretient un rapport sensitif aux corps, jusqu’à oser fusionner ceux de l’homme et de l’animal. L’œuvre d’un véritable travail d’esthète, revendiqué à travers l’insertion de scènes « tableaux » qui font figures d’installations abstraites au milieu d’un tout résolument pragmatique. On y retrouve donc de magnifiques incursions de plans en clair-obscur aux néons, dans lesquels danse lascivement une femme cachée sous un masque de cheval. Ailleurs, ce sont des juments que l’on coiffe comme des dames. C’est quelquefois outrancier, mais profondément révélateur de cette volonté de mélanger les genres, jusqu’à voir le rapport de force inversé.

« Rodéo » ouvre ainsi de nouvelles voies à la volupté, qui resurgit comme un miracle dans la rugosité. Le salut provient a priori d’insignifiantes rencontres, que forment un vendeur de dessous à la sauvette, une vendeuse de parfum ambulante (également veilleuse de nuit dans un atelier de confection), ou d’un vacher coquet aux cheveux longs. Mascaro renverse ici les poncifs de la virilité, concept que le film rejette en bloc, comme en témoigne la passion de la couture nourrie par le protagoniste.

©Mateus_Sa

©Mateus_Sa

Outre la beauté de ces gestes cinématographiques, le film alterne aussi quelques fragments dispensables, qui ne semblent pas ajouter de valeur au-delà d’une lourdeur pénible. A moins que, symboliquement, il ne s’agisse de tester la résistance du spectateur, embarqué dans un fameux « rodéo » duquel il est nécessaire de s’accrocher pour rester stoïque. D’une masturbation de cheval à une palpable tension sexuelle, la répétition (légitime et justifiée) de la douceur et de la violence trouble autant qu’elle désarçonne.

Si les intentions artistiques sont habitées par le désir d’explorer les complexités de l’être humain, il y a quelque chose de familier derrière l’effort de singularité. Aussi émouvants les personnages soient-ils, on sent hélas que l’attachement à leur égard n’est qu’éphémère. Seule la petite fille tire son épingle du jeu, sans doute protégée par la candeur de sa jeunesse. Une porte ouverte sur le rêve, qui laisse encore entrevoir l’alternative d’une autre route. « Rodéo » ? C’est la vie, pas le paradis…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s