Choc cinématographique

SHOWGIRLS de Paul Verhoeven

NOTE 2,5/5

SORTIE EN SALLES LE 14 SEPTEMBRE 2016
Version restaurée 4K à partir du négatif original

Sans famille, sans amis et sans argent, Nomi Malone débarque à Las Vegas pour réaliser son rêve : devenir danseuse. A peine arrivée, elle se fait voler sa valise par l’homme qui l’a prise en stop. Perdue dans la ville, Nomi doit son salut à Molly Abrams, costumière au «Cheetah», un cabaret réputé de la ville. Molly lui trouve un job de stripteaseuse dans une boîte où elle fait elle-même quelques extras. Cristal Connors, la vedette du «Cheetah», très attirée par Nomi, la fait engager dans son show où elle gravit rapidement les échelons. Dans les coulisses impitoyables de Vegas, Nomi devient très vite une rivale gênante.

Il n’est pas difficile de saisir l’incompréhension qu’a suscité le film lorsqu’il sort la première fois en 1995, tant les minauderies superficielles qu’il nous inflige saturent le cadre d’une niaiserie rapidement insoutenable. Peut-être peut-on reprocher à Verhoeven de ne jamais laisser le temps au temps, et, ainsi, provoquer une aversion immédiate pour ses personnages, qui nous envahissent, tous, d’un curieux sentiment pervers et lubrique.

D’un autre côté, le penchant du cinéaste pour des personnages ambigus, malsains ou arrivistes n’est pas une surprise, et il faut avoir vu « Elle » en mai 2016 pour comprendre que la provocation qu’il convoque n’est finalement pas tant un effet de style qu’un véritable ADN artistique. L’outrance, comme le mensonge, sont ici un moteur, un procédé sous-jacent pour permettre à la seule vérité qui vaille d’émerger.

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Mais, à désirer mettre en scène des situations constamment paroxystiques (dont une jeune femme noire qui se fait violer par son idole), le film fait mine de se détourner de son véritable objectif en valorisant, paradoxalement, la plus profonde vacuité de l’âme auquel l’homme est capable de s’abandonner. C’est qu’à première vue, on ne peut que rejeter ce qui nous révulse. Or l’exubérance invariable du film n’encourage pas le spectateur à y réfléchir, ni même à s’en détacher. La seule image qui persiste à l’écran n’est alors plus que celle d’une jeune danseuse outrageusement maquillée, vulgaire, robotique dans sa manière agressive de bouger. Pour apprécier la complexité du propos, encore aurait-il fallu l’admirer, ou, au moins, reconnaître son côté gonflé. Pourtant l’audace dont elle fait preuve n’est que l’illustration de ce qu’elle est réellement : une panthère dans la jungle de la démesure, vicieuse serpent qui étrangle ou avale la rivalité sous de candides sourires. On pourrait presque plaindre cette jolie poupée de chair de son incapacité à jouir vraiment, n’aimant rien comme la gloire et l’ambition, usant de son corps comme d’un outil de négociation (le sexe comme moyen de persuasion, preuve que l’argent ne corrompt pas tout), et jamais pour un plaisir personnel dans une forme d’accomplissement de soi.

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En réalité, c’est avec les jours, comme le bon vin, que le film se bonifie. Et que sa vacuité se remplie. Pour ma part j’ai pu découvrir le film en juin, et il a bien fallu attendre l’été pour que ce que j’avais premièrement détesté fasse peu à peu sens. Car, à l’évidence, « Showgirls », son nom l’indique, est une comédie musicale, un spectacle permanent : en d’autres termes, un leurre. Derrière le costume décomplexé de l’indignité se révèle en fait une satyre du monde tel qu’il est régit, cruel, narcissique, comme moyen unique de gravir la pyramide fratricide du succès, dans une société surexposée aux projecteurs, et dans laquelle à force de montrer, on ne voit plus rien du tout. Est-ce que cela en fait le chef d’œuvre revendiqué par Quentin Tarantino, Jim Jarmusch ou Jacques Rivette ? Pas nécessairement. Mais le film ne mérite pas non plus l’échec et le désamour violent qu’il a essuyé. A moins que, paradoxalement, il faille y voir une forme d’hommage inversé, où l’excès critique ne ferait que dissimuler un intérêt plus enfoui, qu’il eut fallu déceler comme la beauté sous la laideur de « Showgirls » ?

« Qu’on parle de moi en bien ou en mal, peu importe. L’essentiel, c’est qu’on parle de moi ! ». A méditer. Léon Zitrone l’a dit, Paul Verhoeven l’a montré.

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