Cannes 2016/Cinéma vérité/En bref

En bref : AQUARIUS de Kleber Mendonça Filho

NOTE 3,5/5

SORTIE EN SALLES LE 28 SEPTEMBRE 2016

Clara, la soixantaine, ancienne critique musicale, est née dans un milieu bourgeois de Recife, au Brésil. Elle vit dans un immeuble singulier, l’Aquarius construit dans les années 40, sur la très huppée Avenida Boa Viagem qui longe l’océan. Un important promoteur a racheté tous les appartements mais elle, se refuse à vendre le sien. Elle va rentrer en guerre froide avec la société immobilière qui la harcèle. Très perturbée par cette tension, elle repense à sa vie, son passé, ceux qu’elle aime.

Dans une voiture, sur la plage, des amis s’enivrent sur Another One Bites the Dust de Queen, le son monté au maximum. La carrosserie tremble, nos mains aussi, car l’instant est sublime. Puis nous voilà dans une fête familiale, pour l’anniversaire d’une vieille tante qui se retire quelquefois mentalement dans les souvenirs d’une étreinte charnelle à la vue d’un meuble, d’une pièce, tandis que ses petits neveux lui clament un texte d’hommage ampoulé.

Et c’est bien du souvenir dont le film nous parle, comme d’un monument sacré. Nous voici désormais au présent. Clara a survécu à un cancer du sein, à la mort de son mari, à la vie qui passe à une vitesse folle. Elle est désormais grand-mère, mais avant tout une femme. Sa longue chevelure noire a conservé ce quelque chose de sensuel, même lorsqu’elle l’entortille en chignon sur le dessus de la tête. Comme une revanche sur la maladie, qui l’a contrainte, plus jeune, à renoncer à une part de sa féminité.

Sonia Braga Aquarius

Le temps file et on peut penser que les choses avancent. Mais il reste toujours des traces pour refaire le chemin à l’envers, et alors, oublier complètement devient impossible. C’est l’injuste tribut que continue de subir Clara, fière de pouvoir encore plaire, et sans cesse rappelée à l’ablation de son sein. Le film nous montre donc à voir le portrait d’une femme forte par nature, aussi par contrainte, qui, à soixante ans, n’en finit plus d’affronter les monstruosités de la vie : jusqu’où peut-on aller par cupidité ? Quelles sont les limites de la malveillance ?

Désormais, il prend le visage d’un promoteur peu scrupuleux, prêt à tout pour racheter l’appartement de Clara – seule propriétaire ayant refusé de quitter les lieux. Est-ce par défi ? Par orgueil ? Même sa fille semble ne plus la comprendre, appâtée par la belle somme d’argent promise. Mais à combien peut-on estimer les souvenirs ?La réponse est probablement à trouver dans un vieux vinyle, renfermant une ancienne coupure de journal. Telle une boîte à secrets, appelant la nostalgie comme la réminiscence. Ex-critique musicale, Clara affirme d’ailleurs n’avoir « rien contre le format mp3 ». Mais quel écrin restera-t-il pour notre mémoire ?

Aquarius sonia braga

Et la musique de jouer ici le rôle presque le plus important : celui de la transmission, vibrant de corps en corps, enveloppant notre esprit comme l’atmosphère. Appelant l’émotion. La scène où, agacée par le bruit assourdissant du voisinage, elle met un disque et commence à danser seule dans son salon est d’une magie sans pareille, mémorable moment de grâce qui fait (enfin) décoller le film. Et propage en nous un immense sentiment d’émerveillement pour cette belle figure de femme, qui contrebalance la latence d’un démarrage préalablement indéchiffrable.

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