En bref/Ovni cinématographique

En bref : LE TECKEL de Todd Solondz

NOTE 3/5

SORTIE EN SALLES LE 19 OCTOBRE 2016

Le portrait d’un teckel et de tous ceux auxquels il apporte un bref instant de bonheur au cours de son voyage.

En un plan fixe d’ouverture, Solondz capture la cruauté ordinaire de l’homme, égoïste sans être foncièrement méchant. Comment ne pas ressentir un peu de pitié tendre pour ce chien en forme de rouleau, qui tourne sur lui-même dans sa cage à la recherche d’un hypothétique confort qui soulagerait ses pattes esquintées par le grillage au sol ?

Le film qui porte le nom de ce petit martyr à poil dur ourdit une comédie profondément grinçante, d’où résonne de chaque plan le rire narquois du réalisateur, qui nous plaque le nez – non pas dans notre « merde », quoique – mais contre le cynisme d’une humanité pas toujours très humaine. Au milieu d’une pullulante hypocrisie, Todd Solondz monte en épingle cette mascarade du réel, la compose, l’assemble, l’amplifie, puis y promène son teckel, traversant quatre destins croisés, seulement liés par la présence du chien dans leur vie. L’animal observe et subit, docile, les doutes et tergiversations narcissiques de ses maîtres successifs, savoureusement plantés dans un décor voulu aussi acerbe qu’humiliant.

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Ainsi caustique et décomplexé, le cinéaste n’en finit plus de s’amuser de son œuvre vacharde, dont le chien ne sert que de révélateur à la médiocrité humaine. Dans ce marasme mi-drôle mi-vulgaire, les limites de la bienséance sont troubles, osant, par un interminable travelling, l’insolence de filmer – comme un appel au secours – les immenses traînées de diarrhée sur le trottoir de la pauvre bête malade. Geste artistique d’autre part, si appliqué, pour redonner au chien voix au chapitre lui qui, manifestement, aboie beaucoup moins fort que les hommes. Car il est important de noter que, si le teckel a le rôle-titre, il demeure de tous les personnages le plus discret.

Utilisé comme simple lien social ou facilitateur de rencontres, réparant ce que ses maîtres ont été incapables de construire eux-mêmes, l’animal endosse alors le rôle de faire-valoir, celui que l’on maltraite plutôt pas inattention que véritable méchanceté. Pourtant « chien !», l’humain l’est résolument, lorsqu’il le prénomme tour à tour Saucisse, Petite Crotte ou Cancer. C’est dire toute la gratitude qu’on lui porte ; et il fallait bien qu’il s’agisse du meilleur ami de l’homme pour supporter avec tant de résignation pareille condition. En outre d’aspect inoffensif et définitivement démuselé, le chien sert donc de prétexte pour maquiller l’ignoble : joujou pour personnes en situation de handicap, revanchard kamikaze ou encore Mohammed, le « chien violeur de caniche » (sic!), Solondz s’affranchit décidément de tout, se saisissant des sujets les plus polémiques avec l’aplomb d’un chien de combat – déguisé en teckel.

Reste que si l’utilisation de l’animal pour dénoncer ou se moquer de manière détournée n’est pas nouvelle, on se divertit quand même des mésaventures absurdes qui accablent le chien, ne l’épargnant en rien – comme le film n’épargne pas les hommes. A la différence que le teckel, au moins, conserve assez de grâce et de délicatesse pour désamorcer les situations les plus infâmes, là où ses maîtres ont échoués. Cela méritait bien un bref hommage en forme de clip en plein film, à la gloire de cette adorable saucisse sur canapé.

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