Cinéma vérité/En bref

En bref : SING STREET de John Carney

NOTE 4/5

Dublin, années 80. Conor, un lycéen dont les parents sont au bord du divorce, se retrouve au milieu d’élèves turbulents qui le malmènent et de professeurs exigeants. Afin de s’échapper de cet univers violent, il n’a qu’un objectif : impressionner la plus jolie fille du quartier, la mystérieuse Raphina. Il décide alors de monter un groupe et de se lancer dans la musique, univers dans lequel il ne connait rien ni personne, à part les vinyles de sa chambre d’adolescent. 

Des gamins discrets, sans style et sans histoire montent en urgence un groupe de musique pour impressionner une fille. A l’égard de ces ados presque ringards, un brin chahutés au lycée, le culot est immense. Et présage déjà d’une transformation en marche. Celle, éternelle, du rite de passage à l’âge adulte. Mais peut-être est-ce l’un des rares défauts de ce film !

Car original, « Sing Street » l’est par ailleurs. Déambulant dans le Dublin des années 80, le film porte déjà cette singularité anachronique, dont les vestiges vestimentaires et culturels résonnent comme une réminiscence enchanteresse. C’est que l’on s’attendrit sans effort de cette joyeuse bande de benêts maladroits, qui nous étonne par un talent aussi inspiré que leurs looks balbutiants – pastiches parodiques et minimalistes de leurs idoles dans « Top of the Pop », les Duran Duran ou The Cure. « Je suis futuriste« , justifie Conor, troquant sa coupe de jeune premier pour une attitude androgyne et assumée.

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S’il joue sur la corde usée d’une romance dans laquelle tout roule – quasiment – comme sur des roulettes au son des guitares, reste que le film séduit autant la fille que le spectateur, qui nous cueille avec délicatesse par son côté vif, plein de vie. On aime cette candeur charmante, ces élans de spontanéité, ces « presque » prises de risque au nom du rock’n’roll. « THINK BIG » avertit le grand frère, lui qui regrette aujourd’hui d’avoir adoré la musique sans jamais l’avoir créée. Car le rock c’est oser, tout entier, ne pas faire les choses à moitié. C’est « faire de la musique sans en jouer » . La vie file trop vite pour avoir le temps d’hésiter !

sing-street

Élèves brimés, les grandes ambitions qui nourrissent leur musique les sauvent. Peu importe les moyens dérisoires dont ils disposent lorsqu’il s’agit de tourner un premier clip : l’important est d’y croire ! Et le sourire du spectateur, gentiment moqueur de leur tenue carnavalesque et exagérée, de se transformer en admiration pantoise face à ces musiciens doués, dont les paroles et le rythme nous transcendent. Si le chant est libérateur, il est aussi rassembleur. Projection de leur pensée profonde, qui peut enfin s’exprimer par la voie musicale, leurs chansons, travaillées un soir, dans un salon, sur les bords d’un cahier, portent les stigmates des vérités trop difficiles à avouer. Parmi elles l’amour bien sûr, comme une vengeance envers l’humiliation d’un proviseur sévère ou les rêves d’ailleurs.

Un style résolument « gai-triste », indéfinissable sentiment du plaisir de créer mêlé à l’inévitable peine de leur réalité (une orpheline en foyer, des parents qui divorcent…), qui délivre pourtant quelque chose d’extrêmement lumineux. « Sing Street » est un peu cliché, et alors ? Voici un brillant feel-good movie qui rappelle la fraîcheur facétieuse de l’unique « Girl asleep« .  Vibrant !

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