Cannes 2016/Choc cinématographique/En bref

En bref : LE DISCIPLE de Kirill Serebrennikov

NOTE 3,5/5

SORTIE EN SALLES LE 23 NOVEMBRE 2016

L’histoire percutante de Vienamin, un adolescent saisit d’un radicalisme catholique soudain, bouleversant son entourage à coup de lectures bibliques littérales et agressives. Tout le monde est vite dépassé par ses certitudes et seule Elena, professeur de biologie, tentera de le provoquer sur son propre terrain.

Avoir des clés sur la vie quotidienne russe pourrait aider à mieux saisir les nuances du film et ses subtilités. Mais l’ambiance quasi étouffante qui règne dans l’appartement suffit à expliquer la claustrophobie subite de l’adolescent. Dans ce lieu sombre aux papiers peints tape-à-l’œil surchargés de fleurs et au mobilier imposant, la mère est comme une ombre planante que la caméra suit le temps d’un long plan séquence. Une figure intrusive et ignorante, qui hurle et humilie au lieu de dialoguer.

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Au lycée, ce n’est guère mieux. Les filles en bikini excitent involontairement la puberté masculine, finissant par jouer de leur charme. Et l’impudeur omniprésente, vue à hauteur de Vienamin, est vécue comme une agression psychologique. On comprend mieux alors ce qui a pu pousser le garçon à fuir mentalement dans une autre dimension : celle, a priori rassurante, de la religion.

Ici, c’est la Bible qui fait foi. Mais « Le Disciple » est avant tout une histoire basée sur l’incompréhension. Il  y relate celle de la mère et du fils, celle des élèves qui le méprise, celle des professeurs qui sont incapables de réagir, celle du couple que forme Elena et son collègue… Jusqu’à l’incompréhension, plus grave, des textes sacrés lus par Vienamin. En fait, d’un point de vue plus philosophique, le film semble illustrer l’incompréhension profonde qui déchire la science et la croyance.

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Plongé dans un véritable fanatisme, le protagoniste fait douloureusement écho aux djihadistes, qu’il admire pour le courage qu’ils démontrent en hommage à leurs idéologies. Des farfelus « prêts à mourir » pour leur religion, mais qui n’y connaissent rien. Lorsqu’il se persuade que sa foi peut guérir son ami boiteux, l’ado frôle presque le ridicule – qui heureusement lui, ne tue pas. Une mascarade qui finit par donner le sentiment d’une vulgaire révolte d’enfant, une sorte de religion de Peter Pan, où Vienamin joue à « croire qu’il croit », par défi. Par espoir. Par méconnaissance. Une ultime preuve de l’égocentrisme adolescent, qui retourne chaque phrase en sa faveur, ramène chaque échange à la Bible, provoque sa propre victimisation dans le but de devenir martyr, interprète tel qu’il a envie de comprendre, sans jamais reconnaître qu’il se trompe – même face au prêtre – afin de bien signifier sa souffrante solitude intérieure, qui le confronte malgré lui à l’étendue de son impuissance.

Dommage que l’antisémitisme de la fin s’ajoute à un sujet déjà lourd, créant une confusion supplémentaire dans une scène de chaos final. On retiendra néanmoins la belle hystérie de la mise en scène, qui porte avec énergie un film résolument déroutant et tenace, longtemps après la projection.

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