En bref/Ovni cinématographique

En bref : LE VOYAGE AU GROENLAND de Sébastien Betbeder

NOTE 2,5/5

Thomas et Thomas cumulent les difficultés. En effet, ils sont trentenaires, parisiens et comédiens… Un jour, ils décident de s’envoler pour Kullorsuaq, l’un des villages les plus reculés du Groenland où vit Nathan, le père de l’un d’eux. Au sein de la petite communauté inuit, ils découvriront les joies des traditions locales et éprouveront leur amitié.

Ce « voyage au Groenland » n’a aucune ambition plus authentique que l’exploration, dans ce qu’elle a de plus formelle. L’argument est donc basique : jouer sur le choc des cultures, les différences, les incompréhensions, et regarder l’alchimie prendre forme, jusqu’à entrevoir la connivence. L’enjeu est certes léger, mais en ces temps troublés, un retour à l’essentiel est relativement bienvenu. Celui du contact humain, du dialogue et de l’échange. Bref, une expérience. Tourné un peu façon « Rendez-vous en terre inconnue », le film grime quelquefois le format documentaire, duquel émane une émotion singulière et plutôt naturelle. S’il n’est pas toujours aussi hilarant qu’il le prétend, le duo de Thomas – aux accents désinvoltes un peu alanguissant – convoque surtout cette attitude lunaire et philanthrope qui magnifie cette tendre beauté de l’immédiat. Ainsi, chaque minute est un lent mouvement vers l’intrigue, qui se déploie avec délicatesse sur l’immense banquise polaire et paisible. Le spectateur semble alors découvrir le film comme les comédiens le découvrent eux-mêmes, littéralement dévorés par cette forme d’autorité qu’impose la grandeur de la nature.

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La véritable comédie survient alors de la coexistence des traditions ancestrales et des habitudes citadines, dont chacune fait émaner chez l’autre les caractères les plus absurdes. Quel exemple plus cocasse qu’une déclaration aux Assedic que doivent impérativement remplir les intermittents français, mais dont les allocations sont suspendues à la connexion internet – elle-même intermittente ? Curieuse tragédie pour les esquimaux plus inquiets pour la chasse aux phoques que par les dramaturgies googlesques ! Voici peut-être l’image la plus évidente et stupéfiante de nos vies urbaines, sorte de désert intérieur dévoué à un écran d’ordinateur. Si, à l’inverse, la modernité semble manquer aux jeunes inuits, très conscients de leur ostracisme et rêvant d’un ailleurs plus connecté, c’est aussi qu’ils ignorent la chance qu’ils ont d’être encore liés à l’essentiel : l’humain.

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C’est là surtout dans les contrastes que la rencontre est la plus passionnante, le réalisateur n’ayant d’autre projet que filmer cette immensité blanche en voie d’extinction. C’est la mettre en scène, la regarder, l’observer, la voir et ramener des plans comme on envoie une carte postale : le plus sublime souvenir de voyage que nos sociétés actuelles s’emploient inconsciemment, et tout en l’admirant, à anéantir.

Si l’intention fictionnelle est encore maigre, le film émeut par la part de sincérité qui l’habite. Dommage, simplement, que les moments les plus forts (notamment dans le lieu de prière), ne surgissent que dans des actes manqués, et semblent de fait bien trop rapidement évacués…

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