Cinéma vérité/En bref

En bref : 3000 NUITS de Mai Masri

NOTE 3/5

Années 80, à la veille des événements de Sabra et Chatila. La révolte gronde dans une prison israélienne, où sont détenues des prisonnières politiques palestiniennes. Layal, une jeune institutrice de Naplouse, vient d’arriver, condamnée à 8 ans de prison pour un attentat dans lequel elle n’est pas impliquée. Elle partage la cellule d’israéliennes condamnées pour droits communs et s’habitue progressivement à l’univers carcéral. Mais Layal découvre qu’elle est enceinte. Envers et contre tous, elle décide de garder l’enfant.

On est d’abord frappé (au sens propre et figuré) par la violence inouïe qui transcende l’espace. Il y a cette femme terrifiée, que d’autres femmes en uniforme humilient et brutalisent. Et puis ces cris, ces larmes, cette moiteur angoissante et crasse qui, tous ensemble, forment un amas oppressant et insupportable. Elle n’a pas l’allure très dangereuse, mais son origine palestinienne en font probablement une coupable idéale. De quoi est-elle accusée ? D’avoir eu la naïveté de prendre en voiture un supposé terroriste qu’elle prétend ne pas connaître.

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Mais de son innocence, le film en est persuadé. Jamais il ne s’agit d’ailleurs de suivre le parcours judiciaire de cette femme. Car le sujet est plus vaste, plus inédit, plus inattendu. D’une fiction sur l’univers carcéral, il en existe de multiples, mais peu se révèlent à ce point exclusivement féminin. La réalisatrice Mai Masri, issue du documentaire, choisit ainsi d’analyser la prison depuis l’intérieur, hors des murs de violence et de folie qui gangrènent la vie communautaire. « 3000 nuits » est donc un film résolument protéiforme, à la fois chargé de symbolique sur la femme, la géopolitique (le conflit israélo-palestinien restitué dans les relations entre détenues), la justice, la corruption… Bref, un film extrêmement dense, dans lequel sont contenus des tas de positions emboîtées comme des poupées russes.

Quoique le véritable objet du film s’intéresse plus particulièrement à la question de la maternité en prison. Comment peut-on dignement élever un enfant entre les quatre murs sales d’une geôle ? Si le film ne répond pas de façon évidente, il fait néanmoins le récit bouleversant d’un moutard du mitard, contrastant d’obéissance, de calme et de douceur dans cette affreuse peinture d’un monde sauvage. Est-ce la pureté de son jeune âge qui contribue à désarmer les femmes ou sont-ce les femmes qui seraient douées d’une sensibilité particulière pour s’attendrir d’un chérubin ?

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Derrière le vernis quelquefois innocent des situations, l’idée de construire un film sur la « liberté de penser » dans un univers paradoxalement fermé est plutôt inspirée. La manière dont cette mère délivre artificiellement son fils de sa cellule à travers le jeu nous transporte avec lui plus loin que les frontières matérielles, de fer et de béton ; sur lesquelles une seule craie suffit pour réinventer le bonheur, dessiner des maisons et des animaux. Un peu de lumière suffit, sur ces mêmes supports muraux, à faire s’envoler des oiseaux en ombres chinoises. C’est sans doute réducteur et fallacieux de dire que « l’amour sauve ». Mais si la force qui émane de ce couple mère/fils, comme l’équilibre psychologique qu’il permet, ne résout aucune interrogation majeure du film sur le système, il dresse au moins le portrait touchant d’une histoire d’amour envers et contre tout. A voir surtout pour ces sublimes moments d’évasion, donc !

Une réflexion sur “En bref : 3000 NUITS de Mai Masri

  1. Salut,
    Ce film est vraiment touchant et émouvant ! On a l’impression d’assister à un documentaire, qui met en avant les souffrances d’une femme emprisonnée. D’ailleurs, cette œuvre est remplie de valeurs importantes.
    Au revoir !

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