Choc cinématographique/En bref

En bref : DANS LA FORET de Gilles Marchand

NOTE 4,5/5

Tom et son grand frère Benjamin partent en Suède retrouver leur père pour les vacances d’été. Tom appréhende les retrouvailles. Le père, lui, semble convaincu que Tom a le don de voir des choses que les autres ne voient pas. Quand il leur propose d’aller vers le Nord pour passer quelques jours dans une cabane au bord d’un lac, les enfants sont ravis. Mais l’endroit est très isolé, au milieu d’une immense forêt qui exacerbe les peurs de Tom. Et plus les jours passent, moins le père semble envisager leur retour…

Tom n’est pas un enfant comme les autres. Il a un pressentiment. Celui d’une difficile rencontre avec son père, ce géniteur parti vivre loin, en Suède, et dont le souvenir lointain succède peu à peu à l’appréhension des retrouvailles : cela va-t-il bien se passer ?

Le premier contact entre le père et ses fils reste toujours à distance, à travers le rétroviseur d’une voiture ou d’un écran de téléphone. Comme une manière de faire barrage, ou de poser des frontières vers cet inconnu qui s’est échappé du cercle familial. Et la frustration, ou l’impossible communication, provient justement de l’aversion de ce quasi anonyme pour les écrans, dont il interdit ou restreint toute utilisation. En occultant le langage technologique de ses enfants, ou plutôt, celui d’une génération, probablement croit-il encourager l’échange « vrai », la découverte et l’intimité. Pourtant, c’est l’effet inverse qu’il produit, créant le doute, la colère et le mutisme. Après tout, quelle leçon tirer d’un homme taiseux, solitaire et imprévisible ? Surtout lorsqu’il décide d’un innocent séjour isolé dans la forêt, qui fait peser soudain une nouvelle forme d’oppression.

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La nuit comme le jour, la densité des bois demeure d’une ambivalence trouble, à la fois illuminée et effrayante. De ce point de vue, le film ne réinvente rien du motif symbolique de la forêt comme vecteur de confinement et d’obsession. Ce qui contribue à réactiver nos peurs primaires : celles des monstres de notre enfance, furieusement tapies dans l’ombre de notre jeunesse. Est-ce le diable ? Est-ce une hallucination ? Un don ? Une vision ? Ce que Tom voit nous le voyons aussi, signe d’un idéal familial qui se referme en un cauchemar sinueux. La méfiance subsiste, corroborée par l’attitude singulière de ce père « qui ne dort jamais », qui prétend rassurer mais dont les regards, les gestes et les réactions semblent menaçant, préoccupant.

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Au centre de l’attention, Tom intériorise ses phobies, les analyse ou les décode. Les nuances de l’inquiétude se lisent en dégradé sur son visage ou dans ses yeux, dont le regard est une porte, un passage du naturel vers le surnaturel. C’est évident que l’on pense au personnage de Danny dans « Shining » de Stanley Kubrick, même si le film tend plus vers la fable mystique que l’angoisse littérale. Car les figures auxquelles il se confronte sont plutôt fondées sur « la relation » au sens large (avec le père qu’il craint et doit faire l’effort d’apprendre à connaître, avec le grand frère qui « a des amis » et lui inspire de maladroites frayeurs d’enfant). Alors, cette promenade « dans la forêt » serait peut-être effectivement une manière détournée de connecter Tom à l’humain, comme une façon de signifier sa spécificité supposée. Quel fabuleux bois dont les rêves sont faits… !

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